
Réalisateur : Josh Trank
Année de Sortie : 2012
Origine : États-Unis / Royaume-Uni
Genre : Ados Boostés
Durée : 1h24
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 6/10
Rebels Without a Cause
Plus qu’un épiphénomène, le Found Footage sert de gigantesque entonnoir dans lequel Hollywood se déverse désormais à peu de frais. Ce nouvel engouement répondant aux réseaux sociaux témoigne davantage d’une forme de voyeurisme que d’une véritable modernisation des différents genres abordés. Depuis le tour de force d’Oren Peli avec Paranormal Activity, des producteurs ont décidé d’essorer ce nouveau filon jusqu’au trognon. Parce qu’il demande moins d’investissement, moins d’organisation, moins de techniciens, moins de contraintes, et surtout moins de temps à tourner. Les scénaristes n’ont pas long à mener un véritable travail de sape, ne s’embarrassant même plus de respecter la diégèse pourtant garante de la concordance des faits exposés.
Des Possibilités Infinies
Ainsi avons-nous vu débarquer sur grand écran d’authentiques enregistrements et témoignages retrouvés par des petits malins opportunistes, désireux de nous en faire profiter. Et il y en a pour tous les goûts et plus encore : de l’exorcisme (Devil Inside, Le Dernier Exorcisme), des esprits frappeurs (Grave Encounters, Catacombes), des vampires (Vampires en toute intimité, Afflicted), des momies (Pyramide), des zombies (REC, Diary of the Dead), des trolls (Troll Hunter) et invasions venues d’ailleurs voir d’on ne sait où (Cloverfield, Apollo 18, Area 51), des slashers (Derrière le masque), des drames familiaux, des thrillers, des comédies potache, de l’action, de la science-fiction et donc désormais des super héros.
Qui n’a jamais rêvé de pouvoir disposer de super pouvoirs pour soulever les jupes des filles comme Bruce tout puissant, voler comme Superman et se renvoyer la balle au milieu des nuages, ou bien jongler avec des carcasses de voitures et les broyer de la paume de la main comme Dark Vador ? C’est ce que propose ce film sobrement intitulé Chronicle, dépeignant les états d’âmes d’un adolescent en souffrance, sombrant peu à peu dans le chaos.

Andrew est un éternel souffre-douleur, frustré et mal dans sa peau, quittant l’enfer de la maison pour en retrouver un autre. La lente agonie de sa mère en phase terminale et les excès violents de son père chômeur et alcoolique sont devenus son pain quotidien. Heureusement, Andrew peut compter sur le soutien de Matt, son cousin, et de son pote Steve. Un soir, les trois adolescents vont entrer en contact avec une matière d’origine inconnue, et se mettre à développer des dons de télékinésie. Mais un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, ce qui dans la main d’une personne tourmentée peut vite devenir une arme de mort et de destruction massive.
La Crise de l’Adolescence
Chronicle constitue un agréable bouillon de pop-culture (Akira, Incassable, Superman, Carrie au Bal du Diable) s’attardant à revisiter la mythologie du super héros, et plus particulièrement du méchant dans un contexte socialement plus ancré. En dressant le portrait d’un jeune délaissé par ses parents et les institutions, Josh Trank en profite pour opérer à un glissement de ton. Les gestes d’humeur, les vengeances narquoises et règlements de compte violents succèdent alors aux blagues potaches et au harcèlement scolaire, faisant entrer le film dans une autre dimension.
Dans Chronicle, les raisons de filmer ne sont jamais véritablement explicités. En réalité, cet exercice a une portée expiatoire comme peut l’être celle d’un journal intime. Andrew filme pour exorciser ses traumatismes et échapper à la réalité. Peut-être le fait-il également par besoin de reconnaissance affective qu’il peine habituellement à recevoir dans son environnement et qu’il peut désormais contrôler et refaçonner à loisir.

De toutes les possibilités induites par cet outil de mise en scène, la plus intéressante reste néanmoins celle de pouvoir filmer sans avoir à tenir le caméscope à bout de bras. Le réalisateur laisse ainsi léviter l’objectif avec une certaine fluidité. Délesté des contraintes physiques du matériel, ce point de vue omniscient permet d’orchestrer de multiples artifices et effets spéciaux. Les mouvements aériens suivent alors ceux de ses interprètes.
Une fois n’est pas coutume, le film trahit cependant sa diégèse en alternant plusieurs points de vue (nombreux champs/contrechamps). Dans la dernière partie, l’objectif échappe à tout contrôle, n’étant jamais en mesure de saisir l’ampleur et la démesure de la lutte titanesque qui se joue. Le recours aux secousses et décadrages s’avère alors totalement justifié, tant les personnages guidés par leurs émotions, ne sont plus en capacité d’investir correctement le champ de la caméra. Quant à l’enregistrement, on suppose qu’il aura été retrouvé par un moine tibétain égaré.



