
Réalisateurs : Joseph et Vanessa Winter
Année de Sortie : 2022
Origine : États-Unis
Genre : Horreur Evil Deadesque
Durée : 1h27
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 5/10
Evil Prank
Des bandes magnétiques au progrès du numérique, le Found Footage renaît encore… Ce genre protéiforme revient inlassablement et hante désormais les plateformes de SVOD qui en ont fait une marotte très lucrative. A l’heure des smartphones nouvelles générations et des réseaux sociaux, le genre n’a probablement jamais été aussi accessible et bon marché. Responsable du meilleur segment de l’anthologie V/H/S/99 le couple formé par Joseph et Vanessa Winter se lance donc à leur tour dans la course aux followers à travers un film de maison hanté aussi féroce qu’euphorisant.
Comme le slasher en son temps, le Found footage n’avait pas mis longtemps à péricliter, autant par manque de renouvellement que par perte d’intérêt. Les campagnes marketing éphémères misant sur les superlatifs ne suffisaient plus à aguicher le chaland ou alors de façon très sporadique (The Poughkeepsie Tapes). Face à ce rapide déclin, certains réalisateurs ont pris le temps de digérer cet épiphénomène pour tenter de nouvelles approches. L’avènement des nouvelles technologies de diffusion aura permis de donner naissance à des nouvelles catégories comme le « screenlife » (Unfriended) ou le « Stream Recording » (Spree). Faute de pouvoir révolutionner l’approche, Joseph et Vanessa Winter ont donc décidé de le tourner en dérision
L’introduction parodiant le carton d’ouverture du Projet Blair Witch cristallise la dimension méta de ce Deadstream jouissant d’une belle côte de popularité dans les festivals et sur les réseaux sociaux. Le film tend à s’inscrire dans le mouve du youtube game contemporain dans lequel un influenceur à la con fait sa promotion en jouant les jackass de pacotille (cascade, blagues de mauvais goût, outrage à agent etc). Démonétisé, le vidéaste tente alors de relever un défi plus barge que les précédents, en passant la nuit dans une maison réputé hanté.

Les streamers sont désormais sur-équipés et disposent d’un large éventail de caméras inter-connectées, leur permettant de diffuser leur contenu en direct, sans même avoir recours aux effets de montage. Les spectateurs sont donc libres de passer d’un point de vue à un autre en inondant le fil de la conversation. Ces évolutions technologiques viennent au secours de la diégèse. En effet, le recours au tchat en ligne influence les actes et décisions du principal interprète, possédant comme le public un coup d’avance sur les événements, et donc de justifier les choix et passerelles narratives. Le couple s’amuse donc à dynamiter les différents artifices propre au genre avec humour noir et une ironie perfide.
Shawn passera son temps à aller au-devant du danger, explorant chaque pièce de la vieille bicoque, balançant ses clés de voiture dans les égouts et bougies d’allumage dans la forêt, libérant les forces du mal par une séance d’occultisme afin de répondre aux demandes de ses followers et ainsi crever l’audience pour de bon. Naturellement, le metteur en scène extériorise toutes ses émotions, livrant une interprétation prompt à tous les excès parodique et hystérique. Mais la personnalité agaçante du cinéaste tend à le rendre d’autant plus antipathique malgré la générosité à l’œuvre. Le personnage souffre à l’écran, s’infligeant de multiples souffrances et humiliations, implorant la miséricorde des esprits frappeurs et le pardon de ses followers. Les nombreux maquillages et effets pratiques éteignent littéralement les arnaques numériques de la dernière décennie (Grave Encounters, The Gallows).
À mesure de cette profusion de scènes gores, de gags, et de jumpscare, le couple de cinéaste finissent par céder aux sirènes du Evil Dead like (même unité de lieu et de temps, esprits démoniaques facétieux, incantation maudite, un personnage tiraillé devant lutter corps et âmes face à des forces obscures) jusque dans leurs choix d’axes de prises de vues (recours au grand angle, décadrages, plan subjectif d’une goule démoniaque faisant référence à la shaky cam) et franches ruptures de tons. Mais en choisissant de mettre l’emphase sur le slapstick comédie, plus que sur l’épouvante, le film désamorce également ses meilleures ressorts horrifiques. Tiraillé entre le fanmade, l’hommage et le pur exercice de style, Deadstream reste en l’état un meilleur Evil Dead que ne peut l’être Evil Dead Rise…



