
Réalisateurs : Alexandre Bustillo et Julien Maury
Année de Sortie : 2021
Origine : France / Belgique
Genre : Épouvante Sous-marine
Durée : 1h25
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 7/10
Crystal Lake
Les réalisateurs de genre français tiennent tous le même refrain : c’est compliqué de monter un projet en France. Dans un pays faisant peu de fantaisie, rares sont les cinéastes à tirer leur épingle du jeu et à obtenir l’aumône sacrée du CNC. Seuls les films socialement ancrés dans la réalité contemporaine franchouillarde peuvent espérer immerger des courants d’influence volontiers américain (Grave, La Nuée, Teddy). Sous son titre anglo-saxon et sa distribution internationale, The Deep House s’en abreuve et plonge son public dans le même état de claustration que ses interprètes par 40 brasses de fond.
Après des débuts prometteurs (À l’intérieur,Livide) Alexandre Bustillo et Julien Maury avaient saisis leur rêve hollywoodien pour le compte d’un certain Harvey Weinstein. Mais aux Etats-Unis, la politique n’est pas celle des auteurs. De Charybde en Scylla, le duo de réalisateurs passés par le magazine Mad Movies avaient dû se rabattre sur une préquelle de Massacre à la Tronçonneuse (Leatherface) à défaut d’autres franchises historiques (Halloween, Hellraiser). Faute de pouvoir jouir d’une liberté créative totale, les deux cinéastes retourneront au bled de l’autre côté des Ardennes belge pour donner naissance à leurs fantasmes de cinéphiles influencés des cauchemars Argentesque et Fulcien (Inferno, Frayeurs, L’Au-Delà).
Dans The Deep House, un couple de youtubers amateurs d’urbex cherchent à explorer une maison enfouie au fond d’un lac du Sud de la France. Leur plongée est filmée à l’aide de drone aquatique et des caméras embarquées permettant aux cinéastes de varier les prises de vue. Mais la mystérieuse bâtisse va se refermer sur eux et livrer progressivement ses secrets. Il va leur falloir trouver rapidement la sortie avant que leur compteur d’oxygène ne s’égrène. Nous serons donc les témoins privilégiés d’étranges événements, prisonniers d’un décor anxiogène à l’atmosphère angoissante et lugubre. The Deep House repose alors totalement sur son high concept prometteur : un film de maison hantée sous l’eau.

Malgré la pesanteur de son canevas artistique, The Deep House bénéficie d’une ambiance macabre et onirique à la lisière du fantastique. Le manque de visibilité traduit un réel inconfort de visionnage, amenant le spectateur à se sentir plus vulnérable face au danger et sur le qui-vive permanent. Le duo de cinéaste se dote également de subtiles effets de luminosité, filmant leurs interprètes dans les ténèbres, jouant de la perspective afin d’accentuer l’effet de désorientation. Lesté par une diégèse narrative trop contraignante, le film ne fait qu’emprunter les ressorts et artifices communs (déformation du son et de l’image, caméra tremblante, décadrages, et jumpscare) du Found Footage afin d’accentuer la dimension horrifique de cette exploration sous-marine.
Dragué par des remous narratifs vaseux, The Deep House parvient tout de même à sortir la tête de l’eau par une direction artistique solide dont les fondations culmine à 9 mètres de profondeur. Chaque pièce visitée fourmille de props et d’objets servant d’indices à un escape game machiavélique, permettant de mieux mettre en lumière une sinistre histoire de malédiction. À mesure de leur enfoncement, le manque d’oxygène amorce un compte à rebours source de tension et d’effroi. La menace tenant de l’abstraction finit alors par se matérialiser et prendre une forme moins lovecraftienne qu’annoncée.
Sans l’apport de ces séquences subaquatiques tournées dans un gigantesque bassin, le film n’aurait été qu’un tour de train fantôme parmi tant d’autres (Grave Encounters, Gonjiam Haunted Asylum, Catacombes). Mais l’eau constitue un terrain fertile aux pires cauchemars abyssales pouvant sortir le public de sa zone de confort habituelle. L’effort de Bustillo et Maury se traduit donc comme un divertissement immersif et suffocant, ainsi qu’une véritable bouffée d’air frais dans un cinéma de genre français figé dans les mêmes discours d’intégration et de problématiques sociétales, auxquelles le fantastique ne sert souvent que de catalyseur. Profitez-en bien, parce que la naissance de cette maison hantée sous l’eau tient d’un pur miracle qui n’est pas prêt de se reproduire de si tôt.



