[Critique] – Master and Commander : De L’autre côté du Monde


Master and Commander affiche film

Réalisateur : Peter Weir

Année de Sortie : 2003

Origine : États-Unis

Genre : Flibusterie

Durée : 2h18

Le Roy du Bis : 9/10

Ressortie en salle Kinepolis le 3 octobre 2025


Capitaine sans Peur


Corne de bouc ! Master and Commander : De L’Autre Côté du Monde est venu clôturer l’année 2003 de fort belle manière, après que les Pirates de chez Disney aient permis au Swashbuckler de sortir de l’ornière dans laquelle le genre s’était échoué au cours des précédentes décennies (Pirates, L’île aux pirates, Le Pirate des Caraïbes). Il serait pourtant mal avisé de les comparer tant ces deux blockbusters ne voguent pas dans les mêmes courants. Celui de Peter Weir a tout d’une production hors du temps et de portée pour ses concurrents. Le genre de péloche qu’Hollywood ne reproduira plus de sitôt.

Oh mon Dieu, c’est Russell Crowe !

Le réalisateur songeait depuis longtemps à prendre la mer pour livrer une fresque maritime charpentée à l’ancienne, retrouvant le faste des Révoltés du Bounty. Il s’agit d’une libre adaptation de la série de romans de Patrick O’Brian, qu’il destinait d’ailleurs à une trilogie en cas de succès. Mais sa date de sortie fixée à la Saint Sylvestre, période peu propice pour les films de flibusterie (Renny Harlin peut en témoigner), le condamnait d’emblée à une traversée en catimini sur nos écrans, et ce malgré un excellent bouche à oreille. 

Difficile également pour le département marketing de motiver les familles à venir voir un film aussi sombre et mature, même avec un homme d’exception (Russell Crowe) aux commandes de l’appareil. D’autant que les femmes ne sont pas conviées à cette aventure tendant à ériger le mythe de la masculinité positive dans une certaine mesure. Nul vahinés à l’horizon. Aucune bluette amoureuse ne viendra ainsi troubler l’équilibre à bord de ce navire de guerre, missionné de flairer un plus gros poisson. S’installe alors un un jeu du chat et de la souris entre deux capitaines qui s’observent et se jaugent au fur et à mesure de leurs manœuvres, hameçonnages, escarmouches et coups de Trafalgar. 

Ainsi Peter Weir n’aura pas besoin d’artifices grandiloquents ou de pirates fantômes pour insuffler une forte dose d’épique à son périple. Seulement une poignée de matelots vivant le moment présent, pris au plein cœur d’une mer tempétueuse, bourlinguant main dans la main dans un esprit de franche camaraderie entre les corvées, les beuveries et les coups de fouet. On y entonne les refrains des frères de la côte, on y noue des bromances entre gabiers, moussaillons, et lieutenants. 

Master and Commander critique film

Même le capitaine joue du violoncelle avec le chirurgien malgré leurs nombreuses contradictions : l’un n’est animé que par son honneur et la vindicte de ses devoirs de mission, tandis que l’autre est porté par ses découvertes scientifiques. Russell Crowe livre une prestation impériale, débitant ses mondanités, anecdotes de va-en-guerre et discours paternalistes… Venant de la bouche d’un tel acteur, cette propagande royaliste a le mérite de nous hérisser le poil du gaillard arrière et d’inoculer la vigueur et le supplément d’âme nécessaire à ces fiers loups de mer.

Y’a trente marins sur la mer…

Le portrait dressé de cet équipage est une véritable toile de maître, tout en nuance, fragilité refoulée, et zones d’ombre. Les voir tomber au cœur d’une lutte sanglante et acharnée est un déchirement. Le cinéaste ne fait point de compromis, montrant la mort et la souffrance dans ce qu’elles ont de plus effroyable et cru à offrir. Détourner l’objectif de la caméra vers le hors-champ ne fait que renforcer la douleur et l’empathie que l’on ressent pour un jeune aspirant mutilé à coup de bistouri.

Avec son budget faramineux avoisinant les 150 millions de dollars, Master and Commander prend le temps d’en perdre à mesure de sa traque ; de ses errements en pleine mer ou sur Terre au milieu d’un archipel, comme une pause récréative bienvenue entre les volées de plomb et la fureur de ses coups de canons. Le récit alterne entre action et inaction, euphorie guerrière et vague à l’âme, ennui et urgence de la survie. Le film n’est pas avare en séquences spectaculaires, notamment lors de sa bataille navale colossale qui nous place en plein cœur du chaos ambiant et de la mêlée grâce à un découpage aussi incisif qu’une lame pénétrant la chair, ou qu’un boulet écharpant le mât de misère. 

Le cœur de l’ouvrage réside néanmoins dans ce soin obsessionnel et maniaque accordé au moindre détail. Il est clair que cette reconstitution minutieuse aurait de quoi faire pâlir Ridley Scott et ses fresques historiques. La photographie de Russell Boyd prend les toiles du néo-classicisme pour inspiration (on pense notamment aux naufragés du Radeau de la Méduse), tandis que l’orchestration symphonique composée par Iva Davies suffit à nous frapper d’une soudaine mélancolie. 

Une seule ombre au tableau de cette épopée : les bisbilles à l’encontre d’un bouc-émissaire, que l’équipage et ses supérieurs hiérarchiques vont prendre en grippe. Les progrès de la science et l’amélioration des conditions de vie au sein de la Royal Navy ne sauraient totalement occulter la superstition des marins (Jonas et le navire fantôme) quand la chance finit par virer de bord. 

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