
Réalisateur : James Cameron
Année de Sortie : 2025
Origine : États-Unis
Genre : Monde Immersif
Durée : 3h15
Thibaud Savignol : 8/10
Sortie en salle le 17 décembre 2025
Le Sacre Final
Cette fois-ci, seulement trois années séparent Avatar : La Voie de l’eau de sa séquelle De Feu et de Cendres. Si l’attente démesurée n’a plus lieu d’être, l’effervescence autour de la saga ne faiblit pas pour autant. Entre ses adorateurs et ses irréductibles détracteurs à l’argumentaire redondant, les débats à couteaux tirés n’ont jamais cessé depuis 2009. Grande fable épique pour les uns, remâché de Pocahontas pour les autres, le nouveau mastodonte de Cameron ne sera pas l’œuvre définitive à même d’enterrer la hache de guerre. Suite de trop ou final de génie ?
Pandora à feu et à sang
L’ouverture de ce troisième opus procure un vertige immédiat comme trop peu de blockbusters récents y parviennent. Lo’ak vole avec son frère aîné récemment décédé, puis engage un dialogue poignant sur leur relation brutalement achevée. Réveil soudain de sa communion avec Eywa, tandis que Neytiri ne parvient pas à assécher ses larmes et que Jake préfère regarder ailleurs. Le ton est donné, résolument sombre pour conclure l’ultime chapitre de la famille Sully : le deuil, la haine et le renoncement désormais moteur de la narration.
Toujours réfugiés chez les Metkayina (le peuple de l’eau) mais continuellement traqués par la RDA (Ressource Development Administration), Jake et Neytiri font le choix de ramener Spider auprès des siens. Par sécurité pour le premier, par rancœur tenace pour la seconde. Escortant les marchands volants en échange d’un moyen de locomotion pour déplacer Spider sous les radars, le convoi est violemment pris à parti par les Mangkwan, le peuple des cendres, nouvelle tribu belliqueuse et fer de lance de cette nouvelle aventure.

Le colonel Miles Quaritch est de retour, toujours sur les traces de Jake, mais également attiré irrépressiblement par son fils Spider, malgré qu’il ne soit que la réminiscence du véritable feu colonel. Sans trop en dire, les nombreux événements d’une première partie menée tambour battant vont rapidement rabattre les cartes, déjouant et reformant sans cesse des alliances, tout en creusant davantage les ambiguïtés de chacun.
Dès lors, on comprend mieux certaines lourdeurs d’exposition du précédent volet, ankylosé par son statut de film transitionnel. Il était une étape nécessaire, posant les bases d’une future cathédrale, et aboutissant ici à une première heure exceptionnelle. Tout n’est qu’enjeux en perpétuel mouvements (fuite, escorte, ravitaillement en air pour Spider), présentation de nouveaux protagonistes (marchands des airs, tribu des cendres, nouvelle antagoniste), et mise en scène d’une chasse à l’homme intense sur plusieurs niveaux : combats aériens, corps à corps dans la boue ou descente d’une rivière à vive allure.
Double Impact
Passé ce premier acte spectaculaire, il est temps de souffler, de cicatriser les plaies, de redessiner les objectifs en vue de conclure tous les arcs narratifs. Un petit ventre mou, une sorte de volte-face en direction de La Voie de l’eau, avant les multiples climax en miroir du film précédent. Mais l’évolution des personnages renouvelle les tenants et aboutissants. Si beaucoup crient trop rapidement au vulgaire copié/collé ou à un manque d’inspiration, il faut davantage y voir la deuxième face d’une même pièce. Comment la répétition de certains choix (erreurs ?) conduisent aux mêmes conséquences.

Si évidemment quelques ficelles scénaristiques sont un peu grossières (le savant aidant Jake sorti de nulle part, comment Spider est facilement repéré), et que la famille Sully a un sacré problème concernant le kidnapping d’enfants depuis le second opus, l’évolution finale des protagonistes transforme cet ultime chapitre en une odyssée émotionnelle furieuse. À fuir le combat, à contourner leur plus grande menace (l’hostilité humaine), les Na’vis ne peuvent que se retrouver fatalement dos au mur.
Cameron, au-delà de sa fable écologique proclamée (la sauvegarde de la nature, la protection des peuples opprimés et des espèces traquées), durcit le ton de son pamphlet politique. Il met en scène le droit de réponses des persécutés, légitime la violence comme moyen terminal face à une proche extermination. Tout comme le script s’évertue à mettre en scène l’alliance entre technologie militaire et tribu indigène «à nu» (les Mangkwans, héritiers direct des cannibales de Deodato) contre un ennemi commun (les Na’vis). Un point qui renvoie à la conquête du Nouveau Monde ou à la Colonisation, lorsque l’envahisseur couvrait d’or un clan au détriment d’un autre pour l’annihiler.
Malgré quelques redondances, quelques similitudes un peu trop marquées (l’appel aux clans du premier Avatar quasi au plan près, les batailles aquatiques et les belligérants), Cameron n’hésite pas à précipiter ses protagonistes au bord du gouffre, physique et psychologique, conférant une intensité rare à sa dramaturgie. Surtout, il n’oublie pas d’explorer aussi bien de nouvelles pistes thématiques (l’hybridation de Spider, la conscience de Quaritch entre deux mondes) que visuelles (les plaines de cendres, la base industrielle RDA)
La fin d’un monde
Et lorsqu’il sort des sentiers déjà usités, il emmène alors sa saga vers des cimes inatteignables pour le commun des réalisateurs. Car oui, si De Feu et de Cendres ne bénéficie pas de la découverte technologique de l’œuvre originelle ou du défi technique d’un tournage aquatique, il prouve cependant que James Cameron est arrivé à une maîtrise ébouriffante de ses nouveaux outils. En plus d’une réalisation toujours hallucinante de fluidité, aux chorégraphies limpides, il ne se prive pas de quelques séquences aussi oniriques qu’expérimentales : des transes de Kiri aux hallucinations de Quaritch, jusqu’à l’iconisation intense de sa nouvelle antagoniste.

Un spectacle total de tous les instants, à voir si possible sur le plus grand écran possible, avec le meilleur son et en 3D. Seul regret de ce côté là, la frilosité de recourir au HFR et ses 48 images par secondes tout du long. Un procédé qui magnifie le relief et l’intensité du voyage sur Pandora, malheureusement appliqué ici avec trop de retenue (le format 24 images seconde reste ainsi dominant).
Ça y est, le premier grand livre de la saga Avatar se referme. Après un monument révolutionnaire en 2009, une suite qu’on espérait plus et qui a démontré un engouement toujours actif, ce dernier long-métrage se dessine en forme d’adieu. Ayant progressivement habitué le spectateur à évoluer aux côtés des Na’vis, suite au revirement inaugural de Jake Sully, Cameron réalise le rêve de tout scénariste de science-fiction, celui de proposer une œuvre intégralement pensée du côté des «aliens». À l’image de son protagoniste principal, qui a embrassé Pandora au détriment d’humains plus cupides et belliqueux que jamais.
De Feu et de Cendres apparaît ainsi comme le film jumeau de La Voie de l’eau. Tournées en simultané, ces deux œuvres ont été conçues comme un tout, ne cessant jamais de se répondre de part et d’autre. Fainéant, visionnaire ou suicidaire dans son approche, chacun se fera son avis. Mais qu’importe, à travers ses personnages plus ambigus que jamais, leurs arcs respectifs parfois touchant, Cameron achève sa trilogie dans le bruit, la fureur et le chaos. Une apothéose sensitive trop rare aujourd’hui pour bouder un film certes imparfait, mais à la rage émotionnelle intacte.



