
Réalisateur : Clay Kaytis
Année de Sortie : 2018
Origine : États-Unis
Genre : Noël d’Enfer
Durée : 1h44
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 5/10
Kurt Russell met la Barbe Haute
Il devient de plus en plus difficile de s’y retrouver dans le tout-venant des films saisonniers, d’autant que les plateformes de SVOD se sont mis à en fabriquer à la chaîne pour concurrencer la télé. Comme souvent, la hotte déborde davantage de productions calibrées que de véritables propositions de cinéma. L’industrie recycle à l’infini le même catéchisme familial : bons sentiments, réconciliation, amour retrouvé et intérieur de banlieue WASP sur-décorée. Des contes tièdes, tellement sucrés qu’ils peineraient à attendrir les ménagères les plus blasées.
95 % Christmas Spirit
Pas étonnant que certains spectateurs préfèrent se tourner vers le versant déviant du mythe, où lutins farceurs, bonhommes de neige carnassiers et Pères Noël meurtriers s’en donnent à cœur joie. Sur le papier, Les Chroniques de Noël a pourtant un argument imparable : Kurt Russell, dirigé par Clay Kaytis, ancien animateur Disney (Angry Birds) à la mise en scène énergique, bien que numérique. Le projet, supervisé par Chris Columbus, avait de quoi séduire les nostalgiques de Maman j’ai raté l’avion ! autant que les amateurs de séries B festives.
Il y a d’ailleurs des signes qui ne trompent pas, puisqu’à chaque fois que l’acteur revêt sa barbe iconique, il accouche presque toujours d’un classique (The Thing, The Hateful Eight, Bone Tomahawk). Ce dernier n’a d’ailleurs rien perdu de son mojo, incarnant un Santa Claus à la fois bourru, cabotin et doté d’une badassitude qui rappelle autant Snake Plissken qu’un rocker sur le retour. Le monde Occidental peut bien s’effondrer dans une nouvelle ère de ténèbres faute d’avoir des barbies et tablettes sous le sapin, mais lui carbure au lait de poule, déterminé à livrer sa tournée avant l’aube.
Après une introduction un brin trop chamallow, le film trouve vite son rythme grâce à un mélange de slapstick et de comédie fondée sur le décalage. Kurt Russell y brille autant par ses répliques cinglantes que par un numéro musical déjanté dans une cellule de prison, entouré de clochards, truands et prostituées. Le film assume ainsi pleinement son registre familial sans renoncer à quelques éclats plus irrévérencieux.

Miracle sur Michigan Avenue
Le dispositif du found footage, suggéré au début, ne sert en réalité qu’à lancer l’intrigue : deux enfants, fragilisés par la mort de leur père, tentent de filmer le Père Noël pour prouver son existence ; et, à demi-mot, réclamer un miracle. Mais Santa n’est pas Herbert West (Re-Animator) : les seuls pouvoirs qu’il revendique concernent la magie nécessaire à maintenir en vie l’esprit de Noël… et à distribuer quelques blocs de charbon aux enfants qui se sont mal comportés avec les parents. Lorsque le traîneau s’écrase au cœur de Chicago, privant le vieil homme de sa hotte, de son bonnet et de ses rennes, cette chute donne alors lieu à une série de péripéties picaresques.
Heureusement dans sa déchéance, il sera accompagné par ces sales morveux qui vont l’aider à dérober une voiture de sport et semer autant de bonheur que de grabuge dans les rues avec la police aux fesses. Le plus dur restera néanmoins de convaincre les gens du bien fondé de ses intentions. Kaytis orchestre ce chaos avec une mise en scène dynamique, certes parfois noyée dans une soupe numérique, mais suffisamment rythmée pour maintenir l’enthousiasme.
À l’image de Santa & Cie d’Alain Chabat, Les Chroniques de Noël n’ambitionne jamais de révolutionner le film saisonnier. Mais il réussit ce que beaucoup de productions similaires ne savent plus faire : redonner un peu de charme, de candeur et une énergie communicative à un public lobotomisé par les traditionnelles rediffusions de Maman j’ai raté l’avion !
La présence jubilatoire de Kurt Russell suffit presque à elle seule à entretenir la magie, jusqu’au final où il boucle la boucle dans un rock’n’roll endiablé d’Elvis Presley ; clin d’œil appuyé au téléfilm de John Carpenter (Le Roman d’Elvis) et à ses débuts aux côtés du King dans It Happened at the World’s Fair. Malgré quelques séquences un peu trop lisses visuellement, le film parvient à remplir son office et à inoculer une bonne dose d’esprit de Noël à un public qui en avait désespérément besoin.



