[Critique] – Dark Angel The Ascent


Dark Angel The Ascent affiche film

Réalisateur : Linda Hassani

Année de Sortie : 1994

Origine : États-Unis / Roumanie

Genre : Succube Sentimentale

Durée : 1h21

Le Roy du Bis : 7/10


The Dark Side of the Full Moon


L’Enfer c’est toujours les autres…

Contrairement aux déflagrations gores venues du splatter underground allemand, Dark Angel : The Ascent s’inscrit dans une tradition plus contemplative et symbolique. Là où L’Échelle de Jacob faisait de l’enfer un état de conscience, Linda Hassani en propose une incarnation concrète, matérielle, mais organisée selon une logique presque sociale. Charles Band, producteur excentrique mais pragmatique, peu enclin aux excès graphiques (à l’exception notable des adaptations lovecraftiennes mises en scène par Stuart Gordon), semble ici avoir laissé une certaine latitude artistique à sa réalisatrice, tout en maintenant la ligne éditoriale du studio, suggérant davantage qu’il ne montre. 

Le premier quart d’heure du film constitue à ce titre un véritable manifeste esthétique. Le spectateur est plongé au cœur d’une cité infernale cyclopéenne, faite de ruines antiques et de flammes vacillantes, où la condition humaine est ramenée à son plus bas degré. Les damnés, réduits à l’état de bétail, errent enchaînés sous les cris et les lamentations, tandis que leurs geôliers cornus exécutent la sentence divine avec une routine presque administrative. Les démons se délectent de la chair de leurs victimes dont ils tranchent les membres, les langues et les jugulaires pour les punir d’une vie d’excès. 

Dark Angel The Ascent critique film

Certaines images (ce lent travelling sur des hommes troncs dont les têtes s’agitent frénétiquement) font encore leur petit effet plusieurs décennies après. Ces séquences gagnent d’autant plus en impact que leurs trucages reposent presque exclusivement sur des effets pratiques. Charles Band s’est d’ailleurs félicité de n’avoir eu recours à aucun effet numérique, les scènes ayant été filmées dans de véritables ruines, éclairées par des flammes réelles, faute d’électricité à disposition. Cette contrainte technique confère à l’ensemble une texture brute et antique, qui ancre cette vision de l’enfer dans une matérialité crédible et oppressante.

Mais au-delà de cette représentation dantesque, Dark Angel : The Ascent surprend par la structuration de son monde infernal. Cette société cryptique fonctionne selon des règles finalement proches des nôtres, régie par une religion omniprésente, avec ses dogmes, ses hiérarchies et ses devoirs. Chacun y occupe une place assignée : les victimes endurent leur châtiment, les bourreaux exécutent la volonté divine, sans espoir de rédemption. Cette basse besogne ne leur ouvrira jamais les portes du paradis puisque leur conception du bonheur diffère complètement de la nôtre.

La Routine Infernale

C’est précisément dans cette routine infernale que s’inscrit le parcours de Veronica, diablesse aspirant à autre chose qu’à la reproduction servile du schéma paternel. Désireuse de s’émanciper du joug de son patriarche tyrannique, elle choisit la fuite, et avec elle, le film abandonne progressivement son décorum infernal pour investir un cadre contemporain. Ce basculement, souvent reproché à l’œuvre, s’inscrit pourtant dans une logique thématique claire : confronter une créature née du mal à un monde qui n’est peut-être pas plus vertueux que celui qu’elle a quitté.

Dark Angel The Ascent critique film

À l’instar d’un Indien dans la Ville sorti la même année, l’intrigue place cette succube dans son plus simple appareil au cœur d’un environnement dont elle ignore tous les codes. Mais Linda Hassani ne verse pas dans l’humour potache et franchouillard. Dans sa misanthropie exacerbée, Veronica et son archange s’érigent en prédateurs d’un autre ordre, s’attaquant aux criminels, policiers corrompus et politiciens cupides. Le film esquisse alors une mécanique de justice dévoyée, où l’enfer semble simplement avoir changé de décor.

Si quelques touches d’humour surgissent face à l’absurdité de certaines décisions de Veronica (elle va se comporter comme une parfaite psychopathe, rapiécer un canapé de cuir pour s’en faire une robe sadomaso, et emmener son rencard voir un film porno…), jamais elles ne viennent rompre l’atmosphère lugubre et funèbre qui imprègne le film. Visuellement, Dark Angel : The Ascent témoigne d’un véritable travail de mise en scène, particulièrement dans ses séquences nocturnes (ses superbes travelling lorsque Veronica découvre la ville pour la première fois face aux regards réprobateurs des habitants), qui exploitent avec intelligence les décors d’Europe de l’Est, maladroitement recontextualisés aux États-Unis pour des raisons purement contractuelles.

L’horreur de ces meurtres crapuleux (empalement, colonne vertébrale arrachée et cœur dépoitraillé) participent à la caractérisation d’un monde où la prédation reste la norme, même sous un vernis civilisé. En cela, Dark Angel : The Ascent ne décrit pas tant une fuite hors de l’enfer qu’un simple déplacement de ses frontières. En parallèle, la romance naissante de Veronica, traitée avec une étonnante pudeur, introduit un érotisme diffus, presque mélancolique, rappelant que même les créatures infernales ont un cœur d’artichaut.

Certes, le film pâtit de certaines limites structurelles et budgétaires, et son basculement dans le monde contemporain pourra déconcerter les amateurs d’horreur purement mythologique. Mais c’est précisément dans cette hybridation audacieuse, entre fable théologique et vigilante movie crépusculaire, que réside la singularité de cette œuvre phare cachée dans la face sombre et expérimentale de la Full Moon. 

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