
Réalisateur : Sébastien Vaniček
Année de Sortie : 2026
Origine : États-Unis
Genre : Maison Familiale Hantée
Durée : 1h49
Thibaud Savignol : 7/10
Le Feu Sacré
Si chacun aura son épisode préféré, la saga Evil Dead fait partie des rares exceptions dans l’horreur où aucune œuvre ne fait tâche. Alien a ses opus versus Predator comme vilains petits canards, Vendredi 13 empile les long-métrages bas de gamme, Insidous ne cesse désormais de décevoir et Halloween a délivré autant de chefs-d’œuvre que de bouses oubliables. Certes, la licence de Sam Raimi accumule moins d’opus (Burn est le sixième), mais chacun a réussi à renouveler ses enjeux. Après un remake en 2013 furibard et un Rise à la nouvelle approche urbaine concluante, celui-ci entend bien franchir un nouveau cap dans la saga.
20 ans après Aja
Au tour du frenchie Sébastien Vaniček de faire ses armes sur la célèbre franchise de Sam Raimi. Repéré, à juste titre, pour Vermines en 2023, il est rapidement contacté par le cinéaste américain. Flatté d’une telle offre et obtenant une liberté de contrôle presque totale (écriture du scénario, techniciens français, post-production en France), il évite également d’être ingurgité par le système américain via un projet trop ambitieux. Et quoi de mieux pour faire ses armes de l’autre côté de l’Atlantique que le gigantesque bac à sable offert par un nouvel Evil Dead ?
Alice vient de perdre son mari. Après les funérailles, elle est invitée par sa belle-famille à partager un dernier repas tous ensemble à la mémoire de Will. Mais une fois n’est pas coutume, quelques incantations lues à voix haute vont transformer ses proches en terrifiants Deadites. Dès lors, place au carnage.

Apparaît dès lors le principal défaut du long-métrage, davantage imputable à la nature du projet qu’à l’approche de Vaniček. Le concept ne change pas d’un iota depuis le remake de Fédé Alvarez en 2013 : un lieu isolé, quelques protagonistes réunis, une malédiction qui se déclenche et un jeu de massacre sadico-sanguinolent. À l’inverse, dès Evil Dead 2 Sam Raimi jouait de sa formule dans un esprit de destruction de l’original, avant de partir vers une veine quasi blockbusterienne avec son Armée des Ténèbres. Chaque opus de la trilogie initiale déployait une approche différente, dans sa structure même.
Dorénavant les fondations sont les mêmes à chaque opus, reposant avant tout sur les mises en scènes atypiques de jeunes réalisateurs doués venus faire leurs armes. Une façon de faire qui risque de rapidement tourner en rond au rythme d’un épisode tous les deux ou trois ans. Evil Dead Wrath, prochain opus déjà mis en boîte et prévu pour 2028 est annoncé comme un préquel au film de 1981. On espère un certain vent de fraîcheur, au delà de la proposition formelle.
Pain & Pleasure
Une fois ceci dit, saluons le tour de force accompli par notre compatriote, qui a clairement profité d’un budget confortable et d’une liberté de ton totale. Passé une scène d’introduction en miroir d’Evil Dead Rise, où le mal forestier vient s’immiscer en dehors des bois, l’exposition est réduite à son strict minimum : tension familiale plus plus. Mais le script installe surtout en sourdine une relation toxique avec le mari décédé. Les Deadites matérialisent ainsi l’explosion des tabous et des règlements de compte à venir. Une approche socialo-auteurisante française indéniable, grattant le vernis lisse qui enrobe chaque famille, tout comme Vermines évoquait l’abandon des banlieues lors d’une invasion d’araignées féroces.

Passée toute l’approche thématique sûrement chère à nos deux scénaristes (Florent Bernard, son acolyte de toujours), Vaniček déploie avant tout une maîtrise rythmique assez bluffante. Connaissant les attentes du public, il ne tarde pas à déclencher les hostilités. Le père de famille se transforme rapidement en créature maléfique, empalant son chien à coups de fourchettes et s’auto-mutilant à l’arme à feu. Mais on retiendra surtout cette affrontement dans une voiture avec son fils et sa belle-fille, bourré de trouvailles douloureuses, rappelant celui de Jusqu’en enfer entre la banquière et la gitane. Les chiens ne font pas des chats.
Plus rien n’arrêtera alors le rythme effréné de ce nouvel opus. Les Deadites investissent les lieux et les protagonistes, pour un déchaînement de violence non-stop. Le script s’amuse à utiliser tout, vraiment tout, ce qui pourrait tomber sous la main des protagonistes pour estropier son prochain ou se défendre. Des couteaux tout juste sortis du lave-vaisselle à la débroussailleuse, en passant par un stylo-plume (une scène sacrément douloureuse), des éclats de verre, un rasoir ou un extincteur, l’arsenal déployé est assez vertigineux.
Caméra d’or
Peut-être pas l’opus le plus gore, mais qui affiche une brutalité assez inouïe dans sa représentation de la violence. Les coups font mal, sont directs, sans distanciation aucune. Si quelques touches d’humour noir pointe le bout de leur nez par ci et là, notamment à travers la grand-mère atteinte d’Alzheimer, la noirceur du propos se ressent à l’image. Le parti pris osé d’une photographie ultra-sombre et grisâtre va dans ce sens.

Répétitive donc mais solide, la structure scénaristique permet à Vaniček d’expérimenter avec son coffre à jouets inépuisable. Les mouvements de caméra sont légions, de ce sublime travelling zénithal lors d’un affrontement mano à mano, à un mouvement inversé techniquement hallucinant lors d’une altercation au dénouement sanglant dans la salle de bain. Sans oublier le plan séquence en partie dévoilé dans le trailer, nous liant définitivement au point de vue d’Alice. Le metteur en scène apparaît également très malin pour renforcer le sadisme de certaines séquences ou faire monter la tension, via une multitudes d’inserts sur les objets mortels à venir.
Malgré un climax en deçà, thématiquement puissant mais pas aidé par des VFX un peu moches, cette nouvelle cuvée Evil Dead est une réussite indéniable. Gore et méchant comme la saga sait si bien le faire depuis quelques années, espérons juste un regain d’inventivité pour les prochaines itérations à venir. Quant à Vaniček, pour sûr que sa carrière est désormais lancée, façon French Frayeurs.



