
Réalisateur : Richard W. Haines & Lloyd Kaufman
Année de Sortie : 1986
Origine : États-Unis
Genre : Catastrophe Nucléaire
Durée : 1H25
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10
Tout est sous Contrôle
Après avoir fait ses armes au sein de la Cannon, Lloyd Kaufman comprend assez tôt que la série B recèle une frange de spectateurs particulièrement fidèles, pour peu qu’on sache nourrir leurs appétits insatiable en barbaque, en hémoglobine, et en poitrines dénudées. Le cinéaste a beau être un adepte des Cahiers du cinéma, citer Shakespeare ou se divertir devant des comédies musicales de Broadway, il n’en reste pas moins un esthète paradoxal, amateur de bonne chair, de gore et surtout de transgression. Avec son complice Michael Herz, il fonde la Troma dans les années 70, mais ce n’est véritablement qu’au milieu des années 80 que le studio accède à une reconnaissance internationale grâce au succès surprise de Toxic Avenger.
La Catastrophe de Tromaville
La Troma peut bien se targuer de ne jamais rien faire comme les autres, parfois, certaines productions ressemblent à des antisèches copiés dans le manuel de la série B. Atomic College s’inscrit clairement dans cette logique opportuniste, en tant que variation radioactive et déviante de Class of 1984, où les élèves imposent leur loi à une institution dépassée. Mais le film s’émancipe rapidement de cette filiation pour plonger dans un chaos adolescent où se mêlent amourettes de lycées, rivalités de couloirs, concours de virilité et luttes de popularité. Soit tout l’arsenal de la teen comedy yankee, perverti jusqu’à la moelle par un esprit hara-kiri.
Si l’année 1986 fut marquée par la catastrophe de Tchernobyl, Tromaville ne fut pas moins victime elle aussi d’un incident nucléaire majeur. Fort heureusement, si les nuages atomiques se sont arrêtés à la frontière franco-allemande, les autorités compétentes de la ville nous assurent que tout est sous contrôle, et qu’aucune fuite radioactive n’est à déplorer.

Vraiment ? Bâti juste à côté du lycée, la centrale de Tromaville souffre d’un état d’altération que n’avait pas anticipé son obèse de patron, dont les saintes déclarations tendent à rassurer la population au mépris de la santé de ses habitants et de tout bon sens. Les ados se mettent alors à muter sous l’effet des radiations, tandis qu’une bande de punks bigarrés tentent de renverser l’institution, et alors qu’un têtard se met à croître ardemment, laissant derrière lui un sillage de destruction atomique et gluant.
Les Hormones en ébullition
Comme à son habitude, Kaufman ne se contente pas d’un simple prétexte écologique. La catastrophe nucléaire devient le vecteur d’un pamphlet rageur contre l’administration reaganienne, l’aveuglement des élites, les dérives de la société de consommation et l’hypocrisie institutionnelle. Le film aborde également sous une forme grotesque et outrancière le harcèlement scolaire, les failles d’un système éducatif moribond et l’émergence d’une jeunesse violente fascinée par les armes à feu. Derrière la farce potache, cette vision s’avère même étrangement prophétique lorsque l’on songe, dix ans plus tard, au traumatisme de Columbine.
Bien entendu, Atomic College demeure avant tout une comédie grasse, gore et potache sur l’âge bête, celui où les hormones gouvernent le cerveau et où les garçons pensent davantage avec ce qu’ils ont dans le caleçon. Le film partage certains défauts récurrents des productions Troma, jamais avare en cabotinage excessif, et une narration qui part joyeusement en cacahuète dans ses velléités anarchiques. Mais il retrouve aussi ce fétichisme du slapstick hérité de Chaplin, ce mélange des genres et cette veine satirique qui font toute la singularité du studio.
L’équilibre est ici étonnamment bien tenu, et l’on rit autant des gags outranciers que des mutations corporelles spectaculaires et des effets multicolores, dignes des maquillages de Jennifer Aspinall (Spookies, Street Trash), laissant la place à une équipe tout aussi inspirée. En définitive, le duo parvient à livrer une œuvre sans faute majeure, devenue depuis un classique de la Troma, au point d’engendrer plusieurs suites, hélas nettement moins inspirées.



