
Réalisateur : Renny Harlin
Année de Sortie : 1988
Origine : États-Unis
Genre : Horreur Carcérale
Durée : 1H43
Le Roy du Bis : 8/10
De l’Ombre à la Lumière
Renny Harlin est un exemple concret de ce que le rêve américain peut produire de meilleur comme de pire. Avant de connaître une période faste à Hollywood dans les années 90, marquée par des blockbusters tels que Cliffhanger, 58 minutes pour vivre ou L’Île aux Pirates, le réalisateur finlandais connaît une situation pour le moins précaire. Lorsque Irwin Yablans, producteur d’Halloween, lui propose de mettre en scène un film d’horreur pour le compte d’Empire Pictures, le jeune cinéaste voit enfin s’entrouvrir les portes d’Hollywood. Une opportunité inespérée pour celui qui, quelques années auparavant, vivait encore dans sa voiture à manger des boîtes de conserve froides.
La Prison comme Rédemption
Avec un budget estimé à seulement 2,5 millions de dollars, Prison tient d’un véritable petit miracle. À l’origine, Yablans envisage le projet comme un slasher, une sorte d’Halloween derrière les barreaux. Mais sous la plume de C. Courtney Joyner, le film bifurque progressivement vers un Poltergeist carcéral, empruntant autant à La Forteresse Noire pour son atmosphère mystique qu’à L’Évadé d’Alcatraz pour sa peinture du milieu pénitentiaire et de ses rapports de force.
Car avant de laisser les spectres envahir les coursives, Prison prend soin d’installer ses personnages dans un véritable microcosme concentrationnaire : brimades quotidiennes, cohabitation forcée et forte promiscuité, petits trafics, relations sexuelles suggérées et interminables séances de travaux forcés composent le quotidien de ces détenus que l’administration entend bien discipliner à coups de matraque. La première demi-heure, placée sous le signe du récit d’évasion, semble d’ailleurs vouloir s’inscrire dans une tradition réaliste avant de bifurquer brutalement vers une horreur beaucoup plus atmosphérique.
L’intrigue s’intéresse alors aux phénomènes surnaturels qui bouleversent la vie des condamnés et des matons d’un ancien pénitencier désaffecté, récemment remis en fonction. Il se murmure que l’esprit du défunt Charles Forsythe exécuté sur la chaise électrique trente ans plus tôt, rôderait dans les couloirs de la prison, prêt à tout pour se venger de ses bourreaux.

Dos au mur, Renny Harlin se jette à corps perdu dans cette modeste série B et la filme comme s’il s’agissait de son passeport pour Hollywood. Dès le plan-séquence inaugural, le jeune réalisateur affiche une ambition visuelle qui dépasse largement les moyens mis à sa disposition à travers des mouvements de caméra amples, avant d’enchaîner sur de superbes transitions, ou bien ce plan en grue vertigineux montrant l’étendue d’une émeute. Une maîtrise technique et une virtuosité magnifiées par le chef opérateur Mac Ahlberg, qui livre un travail remarquable sur les contrastes, multipliant les contre-jours, les clairs-obscurs, les jeux d’ombres et halos bleutés.
Dos au Mur
Le réalisateur transforme progressivement le pénitencier en une véritable antichambre de l’enfer, broyant les individus sous le poids de leurs offenses et de leurs péchés. La prison devient ainsi bien plus qu’un simple cadre mais constitue le véritable monstre du film. Ses couloirs interminables, ses cellules exiguës, ses murs décrépits et ses sous-sols poisseux semblent suinter la frustration, la haine et la violence pulsatile accumulées pendant des décennies. La menace, d’abord insidieuse, se manifeste par des éclairs électriques, des phénomènes de poltergeist et des manifestations de plus en plus brutales. Renny Harlin tire ainsi profit de chaque recoin du bâtiment pour faire naître une sensation d’étouffement permanent.
Tourné dans un véritable pénitencier laissé à l’abandon (le Wyoming State Penitentiary), Prison bénéficie également d’un casting de repris de justices comme figurants permettant de réaliser des économies substantielles. Le lieu étant de toute évidence destiné à la destruction, Harlin et ses équipes ont donc pu s’en donner à cœur joie, fracassant leur décor à coup de sulfateuse et de TNT. Cette liberté se ressent également dans les mises à mort, rivalisant d’inventivité dans un joyeux déchaînement de chair martyrisée : Incinération, mutilation par fils barbelés, trépanation, empalement à la barre de fer.
Derrière ces réjouissances sanguinolentes, on retrouve le savoir-faire de John Carl Buechler, véritable taulier du studio déjà à l’œuvre sur Troll, Re-Animator ou From Beyond. À certains égards, ces pièges et chausse-trapes particulièrement vicieux annoncent même le futur Cube de Vincenzo Natali dans leur manière de transformer un espace clos en gigantesque dispositif de mort.

Prison constitue également l’un des premiers véritables tremplins de Viggo Mortensen, alors encore totalement méconnu du grand public. Le futur Aragorn ne rechigne d’ailleurs pas à mettre la main à la pâte, puisqu’il réalise une grande partie de ses propres cascades sous la supervision de Kane Hodder (Jason Voorhees dans Vendredi 13). Le cascadeur lui remettra même un tee-shirt honorifique de membre de la profession à l’issue du tournage. À ses côtés, Lane Smith compose un directeur sadique et parfaitement détestable, tandis que Tommy Lister impose déjà sa carrure intimidante dans le rôle d’un forçat. Une distribution de trognes et de gueules cassées parfaitement adaptée à ce petit théâtre carcéral.
Occulté par la future banqueroute d’Empire, la sortie du long-métrage sera retardée d’une année et tombera dans le fin fond d’une oubliette au profit d’ersatz moins bien branlé (Schocker, House III) partagent peu ou prou le même canevas. Renny Harlin s’en relèvera encore une fois, fort d’une carte de visite lui ouvrant les portes du producteur Robert Shaye (New Line Pictures) pour lequel il livrera un nouveau cauchemar (Le Cauchemar de Freddy) avant de connaître son épiphanie Hollywoodienne. Une véritable porte de sortie pour un cinéaste qui, quelques années auparavant, semblait lui-même condamné à rester enfermé au mitard.



