[Critique] – Shrieker


Shrieker Affiche film

Réalisateur : David DeCoteau

Année de Sortie : 1998

Origine : États-Unis

Genre : Monstre Féroce

Durée : 1H12

Le Roy du Bis : 5/10


Le Démon qui Hurle dans le Vent


Apprécier un DeCoteau demande d’acquérir une certaine forme de maturité que seul un cinéphile averti peut appréhender à sa juste valeur. L’ivresse de son cinéma se rapprocherait volontiers de celle du beaujolais nouveau : un plaisir immédiat, parfois un peu rude, mais jamais totalement dénué de charme. Sa richesse, en revanche, évoquerait plutôt un cabernet millésimé aux arômes pas toujours des plus subtils, parfois même légèrement aqueux tant la dilution destinée à remplir les quotas de durée et de production peut s’avérer excessive. Heureusement, il n’en est rien avec Shriek (Shrieker), qui n’a certainement rien à envier à son homonyme ogresque de chez DreamWorks Animation et synthétise assez bien ce qui constitue la substantifique moelle du cinéma de David DeCoteau.

Prenez un décor de studio qui ressemble à un vieux squat décrépit, une bande de jeunes trouduc’ aux hormones en ébullition, une créature sortie de nulle part et une mécanique de prédation éprouvée. Agencez le tout dans une ambiance lugubre héritée de la gothique Hammer et vous avez le programme. Six étudiants souffrant de précarité auront ainsi la brillante idée d’aller squatter un ancien hôpital abandonné afin d’économiser sur leur loyer. Mais leur quiétude sera rapidement perturbée par un monstre séculaire, semble-t-il invoqué par l’un d’entre eux. Et à la fin, il n’en restera qu’un.

Qui de l’homosexuel refoulé, de la pimbêche communiste, de la mignonette discrète aux symboles tatoués sur le corps, du brun ténébreux spécialisé dans les sciences occultes, de l’Asiatique despotique, de l’héroïne timorée ou de son petit ami violent cache son jeu et n’est pas celui ou celle qu’il ou elle prétend être ? Le mystère restera entier pendant une bonne partie du métrage, laissant au spectateur le loisir d’élaborer ses propres théories et d’attendre, entre deux attaques furtives, le moment où le traître se dévoilera enfin.

Shrieker critique film

À l’instar de Jacques Tourneur, le réalisateur fait le pari de la suggestion, ne révélant que rarement son abominable créature, laquelle se manifeste avant tout par un hurlement annonciateur d’une mort violente. Mais cacher le monstre ne le rend pas forcément plus terrifiant car ceux qui crient dans le vent ne sont généralement pas les plus à craindre, surtout lorsque l’acteur empoté qui l’incarne suscite davantage de pitié que d’effroi. Chien qui aboie ne mord pas, c’est bien connu.

Le suspense survient surtout lorsque l’action commence enfin. Les dialogues, eux, viennent combler les quelques moments d’ennui mortel à coups d’élucubrations cabalistiques et de répliques involontairement hilarantes, comme ce plaidoyer du Ricky Martin de la bande qui tente d’affirmer sa virilité aux yeux de tous : «Je ne suis pas gay, je suis un vrai hétéro. Je sors avec deux filles en même temps !».

Ces inepties et ces pseudo-études de caractère esquissées à gros traits constituent une constante dans la filmographie de DeCoteau, dont le mérite réside dans sa capacité à créer des atmosphères aussi envoûtantes qu’horrifiques. Shrieker n’est peut-être pas un grand cru, mais il constitue une excellente entrée en matière pour le profane désireux de s’initier à son cinéma.

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