
Réalisateur : Andrew Jones
Année de Sortie : 2015
Origine : Royaume-Uni
Genre : Poupée Hantée
Durée : 1h30
Thibaud Savignol : 4/10
Stop touching me Robert !
2015, suite aux succès fracassants d’Insidious et du Conjuring Verse, notamment Annabelle l’année précédente, Andrew Jones entrevoit un filon à exploiter. Peut-on vraiment le blâmer, car il sera loin d’être le seul. Après quelques recherches, il dégote sa poupée hantée à lui, celle qui lui permettra à son tour d’accoucher d’une licence lucrative. Cinq films au compteur plus tard, un par an, le box-office est toujours loin d’égaler celui des films de James Wan.
L’Héritage
Disponibles aujourd’hui sur Netflix, les long-métrages consacrés au pantin maudit Robert apparaissent comme une partie du testament d’Andrew Jones. Véritable stakhanoviste britannique qui filmait plus vite que son ombre (minimum trois films par an), le bougre s’est éteint en 2023 à l’âge de 39 ans, après une trentaine de projets à son actifs. Comparé au magnat Charles Band, pour son goût du bis et de la débrouille, pour sûr que sa fascination des poupées lui aurait valu une accolade chaleureux de l’américain excentrique.
Pour créer à son tour un Boogeyman légendaire, Jones s’inspire, comme souvent, d’une «vraie» histoire surnaturelle. Son dévolu se jette sur la poupée Robert, ayant appartenue à un artiste de Key West en Floride au début du 20e siècle, qui l’avait récupérée en Allemagne lors d’un séjour en 1904. Amusant de noter qu’elle a déjà inspiré la création de Chucky, auquel le film fera explicitement référence. Évidemment, tout se base sur des témoignages plus ou moins solides, entre légende locale et rites vaudous.
Cependant, le récit se démarque sur la façon dont l’objet est utilisé. Il n’est pas question ici d’esprits frappeurs au hasard. Jones reprend la version affirmant que Robert fut offert à certaines familles par pure vengeance. Se dégage ainsi l’intérêt principal d’une narration somme toute classique ; un point de départ bien plus humain, loin des familles interchangeables prises à partie par des entités maléfiques au petit bonheur la malchance.

Suite à quelques erreurs commises au quotidien, Martha, la femme de ménage des Otto, se voit licencier du jour au lendemain. Une façon de faire un brin abusif et expéditif, qui ne manquera pas de contrarier la vieille dame. Comme cadeau d’adieu, elle offre ainsi Robert au fils unique de la famille, lui promettant qu’il deviendra son meilleur ami. Mais Robert pourrait bien cacher un terrible secret quant à ses origines.
C’est la lutte
Par cet angle inédit, Jones nous fait suivre la routine de bourgeois sans scrupule, où seul l’enfant apparaît un tant soit peu innocent. Entre le père avocat aux dents qui rayent le parquet et la mère artiste au foyer aussi fragile qu’insupportable, les deux apparaissent rapidement antipathiques. Se greffe par dessus l’accent britannique hautain du couple, qui sans le vouloir en rajoute une couche. Une touche sociale qui, toute proportion gardée, nous fait penser à La Cérémonie de Chabrol et sa vengeance prolétaire.
Dans l’intention seulement, parce que concernant la pratique, on est pas dans le même univers cinématographique. Filmé dans un numérique tout moche, sans lumière ni éclairage travaillé, l’image est d’une platitude déconcertante. On se croirait plus devant des rushs tout juste exportés que face à une post-production terminée. Sûrement filmé en peu de temps, avec très peu d’argent et en équipe réduite, on ressent l’urgence du tournage, où chaque plan répond à une nécessité plus qu’à une réflexion de mise en scène.
Surtout, le film est très pauvre en effets horrifiques. Citant au final davantage Chucky qu’Annabelle, la poupée bouge rarement, mollement, et ses meurtres sont peu graphiques. Le design n’a pas grand chose à voir avec l’original, mais l’effet cringe est suffisamment prononcé pour faire son petit effet. Même si on se demande toujours comment un gosse ne prend pas ses jambes à son cou quand on lui offre un tel cadeau.
Au final Robert the Doll se regarde donc sans déplaisir, grâce au mystère entourant la poupée et à sa petite dimension «salauds de riches». De plus, Andrew Jones s’amuse à singer une musique très slasher/giallo façon seventies, et conclut par un petit clin d’œil à l’ultime plan d’Halloween 4, ce qui n’est pas pour nous déplaire.



