Que les fans soient prévenus, point de Brandan Fraser dans cette nouvelle relecture de la Momie. En effet, le compte X de Blumhouse a dû marteler cette information suite à des projections tests étranges, révélatrices du niveau de l’américain moyen, où pas mal de spectateurs ont grommelé de ne pas retrouver leur acteur fétiche de 1999. Loin du film d’aventures à l’ancienne remis au goût du jour il y a presque trente ans par Stephen Sommers, Le Réveil de la Momie se rêve comme une expérience horrifique beaucoup plus radicale. Elle l’est sur certains points, mais ne peux échapper aux nombreux clichés et gimmicks inhérents aux productions actuelles.
Quand t’es dans le désert
Alors que la famille Cannon est en Égypte suite aux obligations professionnelles du paternel, leur fille Katie disparaît subitement en pleine journée. De retour à Albuquerque, huit ans plus tard, un coup de fil de d’ambassade du Caire leur annonce avoir retrouvé Katie. Cette dernière, physiquement marquée, est désormais dans un état catatonique. Son retour à la maison est des plus compliqué, dû à un comportement instable et illisible. Se joue en parallèle dans le désert égyptien l’enquête pour comprendre ce qui est arrivé à Katie, et les recherches du père quant aux étranges bandelettes recouvrant son corps.
D’une durée déraisonnable, Lee Cronin commet peut-être l’erreur de diviser son récit en deux parties distinctes, entre investigation à l’autre bout du monde et huit-clos anxiogène au Nouveau-Mexique. Citant Seven comme référence, ce déséquilibre est accentué par la banalité de sa résolution, déjà partiellement comprise lors de la séquence d’introduction. Une sorte de passage obligé (imposé ?) pour justifier à gros coups de sabots la finalité du long-métrage, et essayer de raccrocher les wagons du mythe égyptien.
Ce qui surprend le plus à la vision de cette nouvelle tentative, c’est le peu d’intérêt afficher pour la mythologie égyptienne et tout son potentiel sous-jacent. Si un rituel et un démon sont utilisés, c’est avant tout pour permettre un semblant de justificatif aux événements à venir. Car en soi, l’attraction principal est davantage le jeu de massacre annoncé aux États-Unis, loin de la magie, du charme et du mystère du Moyen-Orient.
Pourtant, bien que finalement peu attaché aux légendes annoncées (mais la Momie n’est-elle pas de base une simple relecture orientaliste de nos monstres occidentaux ?), l’angle choisi par Lee Cronin n’est pas inintéressant. Loin du boogeyman stoïque, à la démarche lente et sclérosée, il fait d’une jeune adolescente le siège de toutes les monstruosité à venir. Bluffante de malaise, notamment grâce à un maquillage des enfers et une jeune interprète saisissante (épatante Natalie Grace), cette Momie version 2026 déploie une brutalité qu’on ne lui connaissait pas.
The Mummy Rise
Si on met de côté les facilités du script (papa est journaliste, pratique pour enquêter, maman est infirmière, pratique pour soigner Katie), et le passage obligé avec le vieux professeur égyptologue apte à déchiffrer les bandelettes maudites (c’est le Nasmaranian annonce-t-il fièrement), Le Réveil de la Momie n’est rien d’autre qu’un Evil Dead à la sauce sable et tempête. Le réalisateur irlandais s’amuse à répéter ses gammes, trois ans après son féroce Evil Dead Rise.
Il apparaît pertinent de mettre en parallèle les deux œuvres, qui partagent une construction similaire. Le Réveil de la Momie est un huit clos familial sadique, où une force démoniaque extérieure (le désert égyptien contre la forêt traditionnelle) vient parasiter un cadre de vie urbain via une protagoniste désormais possédée. La famille concernée est à chaque fois composée de deux adultes (deux sœurs dans Evil Dead, un couple parental ici) et de trois enfants, de l’adolescent à celui encore à l’école primaire. Ici la Momie se rêve en nouveau Deadite, entre gesticulation saccadée, auto-mutilations gorasses et langage ordurier.
De plus, impossible de nier le renouvellement du thème de la maternité, cher au réalisateur, et abordé dès son premier long métrage L’Enfant Unique. La mère est incapable de voir la déchéance physique de sa fille, enfermée dans un deuil brisé par un retour imprévu. Une thématique que le long-métrage aurait gagné à exploiter davantage, en confrontant le couple au retour d’un enfant mort depuis des années, métamorphosé, et les conséquences que cela implique, frôlant l’explosion de la cellule familiale. Entre un père rongé par la culpabilité, une benjamine terrifiée et une grand-mère souvent prise à partie, tout était réuni pour briser quelques tabous au passage.
Car si cette relecture façon Evil Dead n’est pas un problème, permettant son lot de séquences crades (les enfants prennent toujours aussi cher), de fluides visqueux en veux-tu en voilà et une légère pointe d’ironie par instants, le dernier acte s’emballe outre-mesure et se vautre dans le grand-guignol du film de possession actuel pas toujours très finaud. Il manque cette radicalité physique, loin des CGI à tout bout de champ et des protagonistes qui lévitent.
Les liens du sang
C’est avant tout lors de ses deux premiers tiers que la version de Lee Cronin impressionne, installant un climat délétère et par moments profondément dérangeant. Les soubresauts de la Momie, sa léthargie, son incapacité à communiquer et ses soudains accès de violence perturbent ces retrouvailles, bien plus que glauques que joviales. Voir l’être aimée revenir dans une version mortifère d’elle-même, crapahuter dans les combles de la demeure où subir un arrachement de chair en règle, produit une montée de tension véritablement malaisante.
Comme il l’avait prouvé sur Evil Dead Rise, le cinéaste irlandais n’est également pas un manche en terme de mise en scène. Il s’amuse à nouveau à multiplier les double bonnettes (image scindée en deux via deux lentilles différentes, qui permettent un point de netteté au premier plan et à l’arrière plan), une façon de séparer à plusieurs reprises les morts des vivants pour retranscrire l’incommunicabilité entre la famille et la nouvelle venue. Et aussi pour accentuer un côté body-horror peu ragoutant, soyons honnêtes.
Handicapé par son récit en dent de scie et au final très classique, Le Réveil de la Momie se rattrape par son inventivité visuelle et sa barbarie plusieurs crans au-dessus de la moyenne. Mais il serait temps de tourner la page de la saga à Sam Raimi et de partir sur des bases réellement neuves pour un futur projet. En espérant cette fois-ci le vrai Réveil de Lee Cronin.