
Réalisateur : Michael Dowse
Année de Sortie : 2011
Origine : États-Unis / Canada
Genre : Rocky on Ice
Durée : 1H32
Le Roy du Bis : 7/10
Pour une Poignée de Mandales
Particulièrement frileux dès qu’il s’agit de miser sur des sagas sportives issues des disciplines nord-américaines, les distributeurs français n’auront pas fait d’exception pour Fight Games, malgré les promesses d’un spectacle régressif et jubilatoire. Heureusement, le film s’est forgé une solide réputation outre-Atlantique, au point de parvenir jusqu’à nous par le biais du dématérialisé.
L’Ours Juif
Les scénaristes Jay Baruchel et Evan Goldberg semblent avoir parfaitement saisi ce qui constitue l’attrait principal de ce sport que nous autres profanes réduisons trop souvent à ses bastons. Avec son titre évocateur, Fight Games ne fait effectivement pas dans la dentelle, mais plutôt dans l’apologie de la violence festive et décomplexée. Là où, d’ordinaire, ces affrontements ne sont que la cerise sur le gâteau, ils deviennent ici le cœur même du spectacle. C’est d’ailleurs cette brutalité assumée qui ouvrira les portes du professionnalisme à Doug Glatt, videur sans envergure propulsé sur la glace par un concours de circonstances.
Doug ne sait ni patiner, ni manier la crosse, mais il possède une capacité hors norme à encaisser et distribuer des mandales. Le récit suit son ascension, des ligues mineures jusqu’aux portes de la NHL, entre son intégration chaotique et tumultueuse, ses amours, ses emmerdes et ses coups de sang. Le film repose en grande partie sur les épaules de Seann William Scott, et de son affrontement mythologique avec Ross «the boss» Rhea (Liev Schreiber aussi glaçant que charismatique), le goon le plus célèbre du circuit, réputé pour flanquer des raclées carabinées.
Doug est au hockey ce que Domenech, Rool et Cahuzac furent au football français : des bûcherons. C’est un imbécile heureux, à qui Dieu a fait don d’une force hors du commun, et qui compense son absence d’éloquence par une expressivité purement physique. Sa plume c’est son poing. Le personnage s’exprime avant tout par ses accès de colère. Ses talents de cogneur hors-pair lui permettent de calmer les ardeurs de ses adversaires. Ses roustes sonnent comme une poésie brutale galvanisant les foules. Sa présence sur la glace, bien que brève ; son temps de jeu dépasse rarement les 90 secondes nécessaires à son exclusion ; suffit à faire basculer un match.

Michael Dowse embrasse sans complexe une structure narrative très proche de celle de Rocky, sans chercher à se faire plus fort ou malin. Mais là où le film gagne en singularité, c’est dans son énergie brute et son humour testostéroné (nombreux concours de bites et de blagues scabreuses), privilégiant le spectaculaire et le plaisir immédiat, comme un bon uppercut du droit. Sean William Scott abandonne les gaudrioles potaches de la saga American Pie pour dévoiler une part de vulnérabilité dans le rôle de cette brute épaisse, naïve et attachante.
Chaos, Confusion, Marrons
Résolument transgressif, Fight Games ne s’embarrasse guère des subtilités tactiques du hockey pour se concentrer sur ses aspects les plus spectaculaires tels que les mises en échec, les charges violentes et échauffourées. Les équipes se disputent le palais, marquent et se rendent coup pour coup avec des contacts âpres et rugueux. Le réalisateur parvient à restituer l’intensité physique du sport grâce à une mise en scène immersive, multipliant les points de vue au cœur de l’action. Les plans rapprochés et le travail sonore lors des affrontements décuplent l’impact de chaque coup, conférant aux combats une hargne et une intensité digne des plus grands duels de la saga Rocky.
L’ambiance survoltée transforme les joueurs en gladiateurs modernes, ensanglantant la glace immaculée dans une arène contemporaine. Le film ne cherche jamais à condamner cette violence mais la célèbre, tout en laissant transparaître une forme de respect mutuel entre ces combattants d’une autre étoffe. Très vite, Fight Games abandonne toute prétention biographique fidèle autour du véritable Doug Smith, dont il ne subsiste qu’une poignée d’images post-générique et ecchymoses. Et c’est précisément dans cette dimension d’exutoire qu’il trouve sa force.
En cochant toutes les cases de la saga sportive (une équipe de bras cassés, un jeune espoir pétri de talent souffrant d’un trauma, une histoire d’amour, une opposition ultra charismatique), Michael Dowse parvient à transcender ces archétypes par une sincérité et une énergie communicative. Porté par l’ivresse du sang et de la castagne, et une générosité constante, le film s’élève bien au-delà de ce que son postulat laissait présager. À l’image de son héros, Fight Games avance sans finesse, mais avec une détermination à toute épreuve, prêt à tout encaisser quitte à y laisser quelques dents.



