[Critique] – G.O.A.T


Goat affiche film

Réalisateur : Justin Tipping

Année de Sortie : 2025

Origine : États-Unis

Genre : Ego-Trip Sportif

Durée : 1h36

Thibaud Savignol : 5/10


Don’t stop at the top


Gladiateurs, chevaliers et aujourd’hui footballeurs, de tout temps les Dieux de l’arène, de la lice ou du stade ont fasciné les foules. Nous spectateurs, nous nous repaissons de leur exploits, dans une euphorie parfois proche de la transe religieuse. C’est sous cet angle que Justin Tipping choisit d’ouvrir son film. Un môme assis en tailleur face au téléviseur familial contemple son idole le visage extatique : Isaiah White, plus grand quaterback de son temps, au sommet de sa forme. Poussé par son père à devenir son égal, appuyé par un accompagnement musical classique aux chœurs galvanisant, le destin du jeune Cameron est tracé ; devenir à son tour le G.O.A.T.

Il ne sera question de rien d’autre ici que du parcours religieux, quasi mystique, d’un jeune sportif en quête de gloire. Promis à un grand avenir, Cameron est agressé, le laissant avec une sévère commotion cérébrale. Il rate la draft pour quitter le sport universitaire afin de passer pro, mais bénéficie d’un petit coup de pouce du destin. La star déclinante, Isaiah White, l’invite à passer une semaine dans sa demeure isolée du Nouveau-Mexique afin de le remettre sur pied. Mais les choses vont prendre une tournure inattendue.

Une chape mystérieuse se pose rapidement sur l’ambiance du long-métrage. La relation que noue l’apprenti avec son mentor transpire d’ambiguïté. D’une franche amicalité les échanges se tendent soudainement, les exercices mis en pratique s’avèrent bien plus sauvages que prévus, jusqu’à martyriser physiquement les sparring partener. L’interprétation incarnée de Marlon Wayans constitue l’un de points forts du long-métrage, passant d’un leader charismatique à un gourou sectaire des plus effrayants. Il est là pour transmettre, pour endoctriner cette jeune brebis au culte du sport, de l’argent, du succès et de la démesure.

Goat Critique Film Jordan Peele

La photographie épouse son sujet en lorgnant vers une esthétique de clip musicaux léchée, tout en iconisant à outrance ces sportifs, sortent de demi-dieux engagés dans une retraite infernale au milieu du désert. Ça balance du gros rap US, enchaîne les plan stylisés à outrances et les ralentis, tout en parsemant par ci et là une certaine étrangeté. Mais malgré un récit qui sort des sentiers battus, mixant le sport à l’horreur, le résultat apparaît confus, voire superficiel. Notamment concernant la partie horrifique, qui s’appuie sur des visions de son protagoniste suite à sa blessure crânienne, petite facilité scénaristique, sans jamais y aller franchement.

La faute à une attitude de poseur de la part du réalisateur, qui se sent beaucoup plus intelligent que son sujet. À multiplier les pistes sans les explorer pleinement, tout en créant une atmosphère satanico-paranoïaque qui n’assume jamais pleinement son aura, le récit finit par balbutier et retomber sur des rails assez consensuels. En narrant les sacrifices à faire pour atteindre la gloire, ainsi que la douleur physique et morale engendrée par un tel parcours afin d’intégrer un système à la voracité aveugle, on espérait plus d’audace dans les péripéties. Si le film s’amuse à explorer les à-côtés tels que les femmes, les fans, la pression ou encore le business carnassier, il ne va jamais au bout de son concept.

Certes le final très gore dynamise d’un coup un ensemble un brin trop mou, mais au prix d’une conclusion scénaristique loin des promesses posées lors de l’introduction. Rien n’aura jamais vraiment dévié de tout ce qui a été dit lors des 20 premières minutes, illustrant de façon littérale la notion de sacrifie. Par des pas de côtés douteux, G.O.A.T manque en partie le coche dans son approche du sport et de la réussite comme miroir d’un fanatisme et d’une dévotion parfois inquiétants. Les symboles, rituels et concepts religieux appliqués au sport sont d’une pertinence indéniable, fallait-il encore oser pousser bien plus loin les parallèles.

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