
Réalisateur : David DeCoteau
Année de Sortie : 1999
Origine : États-Unis / Roumanie
Genre : Cabane Au Fond Des Bois
Durée : 1H20
Le Roy du Bis : 3/10
Thibaud Savignol : 3/10
La Cabane du Sous-Bois
Le succès de la saga Evil Dead n’a pas tardé à faire des émules, y compris du côté de la Full Moon, qui s’employa elle aussi au petit jeu de l’apocalypse confinée entre quatre murs. David DeCoteau a eu l’occasion de s’y essayer entre deux commandes durant sa pige roumaine avec Totem. Tourné en moins d’une semaine avec un budget que l’on devine anémique, le film se contente de deux décors, de quelques marionnettes grimaçantes et d’un scénario qui semble tendre vers une forme d’abstraction absolue.
Le Cercle Infernal
Un groupe de jeunes adultes en rut, qui ne se connaissent ni d’Ève ni d’Adam, se retrouve enfermé dans une cabane perdue au milieu d’une forêt clairsemée. Personne ne sait comment ils sont arrivés là, ni même pourquoi, et il leur est naturellement impossible de rentrer chez eux. Toute tentative de fuite se heurte à un mur invisible qui les ramène invariablement à leur point de départ. Pratique.
Au fil de leurs errances, les victimes en sursis découvrent un cimetière voisin ainsi que le fameux totem du titre, couvert de figures grotesques inspirées d’un folklore aussi vague qu’opportuniste. En réveillant accidentellement une antique malédiction, ils attirent l’attention d’une ménagerie de pantins démoniaques composée d’une gargouille revêche, d’un golem vorace et d’un abominable gobelin. La prophétie de circonstance peut alors dérouler son programme et éliminer les importuns un par un.
Rien de bien nouveau sous les ténèbres du sieur DeCoteau. L’ambiance héritée de la gothique Hammer fait abattre le tonnerre à grand renfort de stroboscopes et d’effets sonores. Le ballant de la caméra file toujours autant le mal de mer. Peut-être faut-il y trouver un lien avec le débarquement des Vikings de Richard Fleischer lors d’un flash-back nébuleux censé expliciter les origines de cette malédiction ancestrale. Tremblez, pauvres mortels, devant la puissance dévastatrice de ces marionnettes vindicatives !

Difficile pourtant d’éprouver le moindre sentiment de claustrophobie horrifique devant ce parangon d’âneries sans queue ni tête. Un simple coup de latte suffirait à envoyer valser ces hybridations démoniaques hors de la vieille bicoque sans demander leur reste. Il n’y a vraiment que dans l’univers étrange et loufoque de Charles Band que les mannequins de catalogue peuvent rester transi d’effroi face à des marionnettes mono-expressives.
Enfermés Dehors
Du haut de ses soixante-cinq minutes, David DeCoteau n’a pas oublié les leçons d’Amando de Ossorio. Comme les Templiers de la tétralogie espagnole, les créatures avancent par mouvements saccadés, hurlent à travers une banque de bruitages manifestement pillée sans vergogne et semblent surtout chercher leur marque entre deux prises.
Le fameux érotisme sous-jacent qui irrigue une bonne partie de la filmographie de DeCoteau est ici réduit à la portion congrue, tout comme la folie burlesque et le génie de Sam Raimi (Evil Dead). Le réalisateur paraît lui-même ne pas croire une seconde à son entreprise, attendant patiemment que ses personnages finissent par s’entretuer dans une cacophonie de cris, de gesticulations et d’hystérie collective. Tout le monde panique, sauf le public.
Faute de pouvoir compter sur les traditionnels gros plans langoureux sur les torses huilés de ses éphèbes, DeCoteau laisse pourtant entrevoir une amusante réflexion méta-fictionnelle. Treize ans avant La Cabane dans les bois, cette unité quasi parfaite de lieu, de temps et d’action invite les personnages à s’interroger eux-mêmes sur les conventions du récit horrifique.
Pourquoi restent-ils enfermés ? Pourquoi se séparent-ils systématiquement alors qu’ils savent pertinemment que cela les condamne ? Pourquoi chacun éprouve-t-il ce besoin irrépressible d’aller mourir seul, hors champ, dans le cimetière voisin ? Ces interrogations, que le film ne résout jamais, deviennent paradoxalement son principal intérêt. À force de pousser ses protagonistes à agir contre toute logique, Totem finit alors par les transformer en victimes sacrificielles parfaitement lucides et conscientes de leur fonction narrative.



