
Réalisateur : Andrea Marfori
Année de Sortie : 1988
Origine : Italie
Genre : Sorcière Castratrice
Durée : 1H25
Le Roy du Bis : 5/10
Disponible à la vente chez Uncut Movies
L’Emasculatrice
À la fin des années 80, nombreux sont les apprentis cinéastes à vouloir reproduire le casse du siècle orchestré par Sam Raimi. Tourné avec un budget famélique de 350 000 dollars, Evil Dead en rapportera plus de trente millions à travers le monde, devenant du jour au lendemain le fantasme goresque de toute une génération d’apprentis cinéastes persuadés qu’il suffisait d’une cabane en bois, de quelques litres d’hémoglobine et d’une caméra montée sur une planche pour décrocher le jackpot.
Mais c’est surtout le succès retentissant d’Evil Dead 2 qui ouvrira les vannes d’une véritable invasion de copycats, surgissant sur les écrans comme une horde de revenants fraîchement déterrés. Si cette descendance compte quelques rejetons particulièrement fréquentables (Demons, Night of the Demons), elle donnera aussi naissance à une pelletée de séries Z bricolées à bout de bras : Dreamaniac de David DeCoteau, Back from Hell de Matt Jaissle, ou bien un certain Evil Clutch (Il Bosco).
Le long-métrage d’Andreas Marfori traîne derrière lui une réputation aussi sulfureuse qu’exagérée. Longtemps vendu comme «le film italien le plus gore jamais réalisé», Evil Clutch s’avère finalement beaucoup moins extrême que ne le laissait espérer son argument publicitaire. Quant au scénario, il ne prend même pas la peine de cacher ses emprunts.
Un jeune couple décide d’aller camper dans une forêt isolée avant de tomber sur une sorcière au rire sardonique, des démons sanguinaires et un arbre dont les racines baladeuses manifestent un intérêt très prononcé pour l’anatomie féminine. Toute ressemblance avec un certain classique de 1981 n’est donc pas purement fortuite.
Sans surprise, Andreas Marfori reproduit méthodiquement les meilleurs effets du film de Sam Raimi : caméra subjective fonçant à travers les sous-bois, maquillages gluants, possessions démoniaques, hurlements hystériques, tout y passe. Mais là où Raimi faisait de sa caméra volante l’incarnation même de l’indicible horreur lovecraftienne dont le spectateur ressentait physiquement l’approche, Marfori ne l’utilise que comme un simple effet de style.

Moins inspiré, moins virtuose et surtout infiniment moins déjanté que son cousin américain, Evil Clutch compense ce déficit d’inventivité par une débauche d’hémoglobine qui justifie en partie sa réputation. Mains sectionnées ou réduites en bouillie, décapitations, émasculation particulièrement douloureuse, membres arrachés et un cadavre en putréfaction directement inspiré de la célèbre séquence en stop-motion du premier Evil Dead. Andreas Marfori ne lésine jamais lorsqu’il s’agit de transformer ses acteurs en steak haché. Voilà qui explique sans peine sa présence dans le catalogue d’Uncut Movies.
Le film peut également compter sur une atmosphère plutôt réussie. Entre sa forêt noyée dans une brume surnaturelle, ses ruines lugubres et décrépites envahies par la végétation et sa photographie perpétuellement crépusculaire, Evil Clutch dégage parfois un charme gothique inattendu qui fait presque oublier la pauvreté de son scénario. Mais il est également possible d’apprécier le film par l’analyse délirante qu’en fait son distributeur américain Lloyd Kaufman.
Selon le patron de la Troma, Evil Clutch serait une gigantesque parabole sur le mariage et la peur panique qu’éprouveraient les hommes face au pouvoir castrateur des femmes (une monstrueuse main griffue surgit littéralement de l’entrejambe de la sorcière). Ces succubes envoyées sur Terre pour dilapider votre compte bancaire, vider votre frigo, et vous briser les noix. La conclusion de Lloyd Kaufman est alors imparable et son conseil vaut tous les guides de développement personnel : ne vous mariez pas, méfiez-vous des vagins carnassiers, fuyez les sorcières lubriques, et devenez homosexuel. C’est plus sûr si vous tenez à conserver vos bijoux de famille.
Des recommandations qu’il convient évidemment d’attribuer au seul humour délicatement subtil de ce cher Lloyd Kaufman et certainement pas à l’auteur de ces lignes. Vive les chattes !



