
Réalisateur : Tony Maylam
Année de Sortie : 1981
Origine : États-Unis
Genre : Slasher Estivale
Durée : 1h31
Le Roy du Bis : 5/10
Thibaud Savignol : 6/10
Vengeance du grand brûlé
En 1981, le slasher est en pleine explosion. Halloween a démontré qu’une silhouette pouvait devenir une icône et Vendredi 13 a transformé le camp de vacances en abattoir pour adolescents en rut. Pas très loin, des producteurs avisés flairent la nouvelle poule aux œufs d’or. C’est dans ce contexte que débarque The Burning, distribué en France sous le titre bien moins inspiré de Carnage. Un titre-valise qui met de côté son antagoniste.
Les jolies colonies de vacances
Sur le papier, Tony Maylam semble simplement marcher dans les pas de Sean S. Cunningham. Même décor forestier, même galerie de moniteurs flirtant entre deux parties de baseball, même tueur revenu d’entre les flammes pour régler ses comptes. Difficile de nier la parenté. Pourtant, réduire Carnage à un simple clone de Vendredi 13 reviendrait à passer à côté de ce qui en fait encore aujourd’hui l’un des slashers les plus solides de cette première vague.
L’origine de Cropsy possède déjà quelque chose de plus tragique que la plupart des boogeymen de l’époque. Gardien tyrannique d’une colonie de vacances, il est victime d’une mauvaise plaisanterie orchestrée par des enfants bien décidés à lui rendre la monnaie de sa pièce. La blague tourne au cauchemar lorsqu’un crâne factice enflammé embrase sa cabane et le laisse atrocement brûlé. Des années plus tard, l’homme revient armé d’une gigantesque cisaille de jardinier pour transformer les sous-bois en théâtre de vengeance.
À l’instar de Madman sorti le même année, Carnage remploie la légende urbaine New-Yorkaise autour de Cropsey. Une rumeur que se plaisaient à répandre les moniteurs, histoire de flanquer une frousse d’enfer aux bambins sous leur garde. Là où beaucoup de slashers accumulent les meurtres pour masquer leur vacuité, Maylam préfère construire une véritable vie de camp. Les personnages plaisantent, flirtent, se chamaillent et donnent parfois l’impression d’exister au-delà de leur fonction de futures victimes.

Ce soin apporté aux protagonistes explique en grande partie pourquoi Carnage traverse aussi bien les décennies. Certes, les archétypes sont là, mais ils sont incarnés avec suffisamment de naturel pour éviter l’effet pantin. On y retrouve les amitiés, amours naissants et querelles typiques de tout camp de vacances, américain ou non. Mais si le film est aujourd’hui culte, au-delà d’une galerie de gueules attachantes, c’est grâces à ses mises à mort inspirées.
Double lame
Bien aidé par un Tom Savini en pleine bourre (il vient d’enchaîner Zombie et Maniac), Carnage bénéfice d’une séquence légendaire du slasher. Représentée sur l’affiche française de l’époque, évoquant Le Radeau de la Méduse, cinq jeunes se voient atrocement mutilés sur leur embarcation de fortune. 45 ans plus tard l’impact demeure, grâce à des effets bien saignants (gorge perforée, doigts sectionnés) et un montage sec. Replacée dans son contexte, la violence mise en scène par les slashers venait de monter d’un cran.
Côté mise en scène, Tony Maylam n’est pas John Carpenter, mais il comprend parfaitement la géographie de son décor. Les bois deviennent un véritable labyrinthe, les plans nocturnes cultivent une inquiétude diffuse et la caméra sait attendre avant de frapper. Prédécesseur des bodycount frénétiques et sans âme, bien que parfois réjouissants, Carnage préfère installer une tension progressive qui finit par exploser lors de quelques morceaux de bravoure particulièrement sanglants.
Tout n’est évidemment pas irréprochable. Le dernier acte abandonne une partie de la tension installée auparavant au profit d’une confrontation plus convenue, et le rythme accuse quelques creux au milieu du récit. L’influence de Vendredi 13 est toujours là (musique, point de vue du tueur) et le film baigne dans son jus. Une sorte de véritable capsule temporelle plus qu’un réel défaut.
Reste que le long-métrage possède une personnalité que beaucoup de ses contemporains n’ont jamais su trouver. Sa violence sèche, son ambiance estivale constamment traversée par une menace invisible et son tueur armé d’une simple cisaille devenue iconique, suffisent à lui assurer une place de choix dans le panthéon du slasher des années 80.
Longtemps éclipsé par les aventures de Jason Voorhees, Carnage bénéficie aujourd’hui de la réévaluation qu’il mérite. Derrière son apparente familiarité et simplicité se cache un film plus soigné, plus cruel et parfois plus efficace que la moyenne. Une œuvre qui rappelle qu’avant de devenir une mécanique industrielle, le slasher savait encore prendre le temps de faire exister ses victimes… avant de les expédier de mille et une manières dans l’au-delà.



