[Critique] – Le Pacte


Le Pacte affiche film

Réalisateur : David DeCoteau

Année de Sortie : 2001

Origine : États-Unis

Genre : Fraternité Lubrique

Durée : 1H25

Le Roy du Bis : 4/10


Orgasme Hémophagique


Après une décennie à cirer ses fonds de caleçon chez Charles Band, David DeCoteau fonde sa propre société, Rapid Heart Pictures, afin de profiter du marché du DVD alors en plein essor. Mais à l’instar de son ancien mentor avec la franchise Puppet Master, il lui faut rapidement une poule aux œufs d’or. Son crédo reste inchangé : un fantastique hérité de la gothique Hammer imprégné d’un érotisme sous-jacent devenu sa marque de fabrique. Émancipé de l’influence de la Full Moon, le cinéaste peut désormais laisser libre cours à ses fantasmes et filmer à satiété des corps d’éphèbes bodybuildés. Il en fait même le principal argument de sa première production indépendante à travers le rite d’initiation d’un bizut au sein d’une confrérie vampirique, métaphore à peine voilée d’un coming out sanguinolent.

Deux colocataires hétérosexuels bien normés cherchent à s’intégrer à leur nouvel environnement universitaire. Mais la confrérie des « Doma Tau Omega » jette son dévolu sur Dan, jeune athlète BCBG, beau gosse sculptural et incarnation parfaite du fantasme decoteaunien. Devon Eisley, chef charismatique de la fraternité, entreprend de le séduire pour l’enrôler dans leurs rituels cabalistiques. Chris, son ami, tente de le mettre en garde, mais Dan se laisse peu à peu pervertir par ses nouvelles fréquentations…

Avec Le Pacte, DeCoteau tente d’interroger la sexualité adolescente à travers le prisme vampirique. La rencontre entre Dan et Devon est filmée comme un véritable coup de foudre. Les deux acteurs se fixent mutuellement du regard puis finissent par se livrer à un jeu de séduction autour d’un verre. Le magnétisme de leurs rapports est accentué par la mise en scène ostentatoire du cinéaste, isolant ses interprètes du reste de la fête, accentuant une forme d’ambiguïté sexuelle pleinement assumée. L’ivresse aidant, Dan se retrouve symboliquement « abusé » et accepte de sceller un pacte de sang aux accents faustiens.

Le Pacte critique film

Mais à l’instar de ses nuits tempétueuses factices, le film demeure assez creux et artificiel. Le réalisateur applique ici encore ses méthodes industrielles de tournage avec ses intrigues interchangeables, et une répétition de ses motifs : un talisman, des adolescents lobotomisés arborant un look ténébreux, des ralentis stylisés, et une compo synthé digne d’un porno. La métaphore du désir refoulé s’épuise rapidement, notamment lors du passage obligé du « dépucelage » où une nymphette joue les rabatteuses pour la confrérie.

La scène, censée reconditionner l’hétérosexualité de Dan prenant son pied en compagnie de Devon dans une triplette torride, s’étire ainsi lourdement sous les gémissements mécaniques de l’actrice et finit par nous laisser aussi amorphe que le protagoniste. Ce qui devait troubler ou exciter ne produit alors qu’un effet d’usure, comme si le fantasme tournait à vide. Devant le fait accompli, l’étudiant n’a alors plus qu’à réprimer ses penchants les plus obscures et inavoués pour retrouver le chemin de la « raison » et de la chasteté. Pourtant, fidèle à lui-même, DeCoteau conclut son film dans une ultime décharge, qu’elle soit horrifique ou érotique, chez lui, tout se termine invariablement par une giclée.

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