
Réalisateur : Clint Hutchinson & Lance W. Dreesen
Année de Sortie : 2001
Origine : États-Unis
Genre : Anthologie Horrifique
Durée : 1H37
Le Roy du Bis : 6.5/10
Les Cauchemars Banlieusards
Dans les années 2000, Lance W. Dreesen et Clint Hutchison souhaitaient sauter le pas et emménager dans la sphère du cinéma, en pleine récession d’anthologie horrifique. Le duo de réalisateurs comptait bien résoudre cette crise par l’originalité de leurs intrigues, nichées au cœur de la banlieue WASP, afin d’en dissoudre le vernis et d’en révéler tous les secrets les plus crapuleux et embarrassants. Lorsqu’un couple souhaite acquérir une maison pour un prix dérisoire, on se dit qu’il y a forcément un loup, un vice caché, voire même un cadavre dans le placard. Toutes les maisons ont leur histoire. Le regretté John Ritter propose d’en faire l’état des lieux à travers trois visites, pour autant de segments.
La première histoire, qui touche à l’adultère, apparaît très similaire à l’un des plus célèbres segments de Creepshow, à la différence près que ce ne sont pas les amants qui reviennent d’outre-tombe pour se venger, mais bien le cocu de service, à la suite d’un homicide. Entre machination, recel de cadavre et visions horrifiques, ce sketch, pourtant le plus faible du lot, tend néanmoins à placer cette anthologie sous les meilleurs auspices grâce à son ambiance lugubre et oppressante (notamment ces inquiétants bruits de pas annonçant la présence du revenant), et à une tension qui monte crescendo jusqu’à une chute parfaitement ironique, dans la plus pure tradition des EC Comics.
Si l’on se souvient de Bryan Cranston pour avoir sauvé Craig Feldspar des griffes d’un singe enragé dans la série Malcolm, le grand public ignorait sans doute que l’acteur combattait déjà le même simien dans le second segment de Terror Tract, pour un résultat bien différent. Ron Gatley est un homme à qui tout réussit : une belle maison, une femme attentionnée et une petite fille adorable à qui il ne refuse jamais rien. Jusqu’au jour où un capucin va semer la discorde dans l’équilibre familial.

Jaloux de l’attention que sa fille porte à l’animal, le patriarche va alors chercher à s’en débarrasser, avant de se retrouver plongé malgré lui dans une véritable spirale meurtrière. Cette seconde histoire pourrait bien être la meilleure du lot, notamment grâce à une très bonne gestion du suspense, mais surtout à l’interprétation de son principal interprète, qui passe du statut de père idéal à celui d’un sociopathe échevelé avec une réjouissante aisance.
Si la dernière maison visitée par le couple de potentiels acheteurs n’abrite cette fois aucun crime, son histoire n’en reste pas moins tragique et sordide. Ce sketch, qui toque à la porte du slasher, voit un adolescent tourmenté consulter une psychologue en raison du lien inextricable qui le lie à un mystérieux tueur revêtu d’un masque de grand-mère (littéralement le « granny killer »). Son identité sera évidemment révélée à l’issue d’une psychanalyse particulièrement éprouvante qu’il serait criminel d’éventer.
Calqué sur les préceptes narratifs popularisés par la Amicus (Histoires d’outre-tombe, Frissons d’outre-tombe), Terror Tract ne souffre d’aucun temps mort ni d’aucun segment superflu susceptible de tromper son public sur la marchandise. S’il ne réinvente pas la formule, ses intrigues versant dans la satire sociale et l’humour noir restent dotées d’un fort capital sympathie. Porté par un casting de seconds couteaux hollywoodiens (John Ritter, Carmine Giovinazzo, Fredric Lehne, Bryan Cranston, Wade Williams et Brenda Strong) et par un final aussi gore que jubilatoire, le film de Dreesen et Hutchison peut légitimement emménager parmi nos anthologies préférées. Si, par chance, vous tombez sur l’un de ses exemplaires en brocante ou sur un site de vente spécialisé, soyez sympa, « faites-lui une offre ! »



