[Critique] – Natura


Réalisateur : Mickael Perret

Année de Sortie : 2024

Origine : France

Genre : Survival Contemplatif

Durée : 1h

Thibaud Savignol : 6,5/10


Traquée


Système D

Un pari osé par son réalisateur Mickael Perret, qui pour son premier coup d’essai, se lance dans l’aventure du long-métrage auto-produit. Après des années passées comme loueur de matériel cinématographique, à économiser et travailler son scénario, il peut enfin donner le premier coup de manivelle en avril 2019. Un tournage de deux semaines débute au cœur des Vosges, éprouvant aussi bien physiquement que logistiquement. S’ensuivent quatre longues années de post-production et la difficulté à trouver un distributeur. C’est chose faite en 2023 grâce au Saint-André des Arts. Après une tournée réussie dans quelques festivals et une sortie salle limitée, Natura débarque enfin en Blu-ray.

Pourchassée par des soldats américains, une fugitive allemande s’enfonce au cœur d’une immense forêt. Désormais seule, elle doit tout faire pour survivre et trouver un refuge. Si ce synopsis permet d’expliciter un minimum le récit et son contexte, il démystifie également ses propres enjeux. Les indices disséminés ici et là permettent de raconter cette opposition entre la proie et ses chasseurs. Mais par moments trop descriptifs (passeport affiché en gros plan, flash-back insistant, cadavre de soldat), ces éléments auraient peut-être gagnés à être évincés au profit du trip forestier radical voulu. Les soldats dans l’obscurité du premier plan constituaient une menace suffisamment forte.

Forcément, avec le projet de faire un film totalement muet, on peut comprendre la crainte de perdre son spectateur. D’ailleurs, les bonus nous permettent de voir quelques scènes dialoguées finalement coupées au montage pour cette sortie physique. Un choix salvateur pour l’immersion globale.

Natura Critique Film Mickael Perret

L’Enfer vert

L’expérience sensorielle recherchée est donc suspendue à la technique pure. Premier essai oblige, même si Perret s’est fait la main sur un court-métrage, tout n’est pas encore au point. On dénote quelques panoramiques maladroits dans leur fluidité, un sound desgin un peu forcé par instants pour recréer l’ambiance «nature», ou encore quelques coupes de montage abruptes.

Mais après avoir relevé des soucis inhérents à un premier long-métrage aux finances faméliques, force est de constater que le résultat a sacrément de la gueule. On sent la volonté sincère de proposer une aventure purement sensible, quasi expérimentale. Et la première idée qui saute à la rétine, c’est la mise en place d’un ratio d’image atypique, un 3.31 rarement (jamais ?) vu. Bien aidé par un décor naturel majestueux, le réalisateur et son chef op ont su en extraire tout la beauté spectrale. Le cadre s’étire sur la largeur de manière spectaculaire, rendant impossible toute verticalité.

Une palanquée d’images sont à couper le souffle, dès cette sublime ouverture alternant une lune oppressante et un lever de soleil suréminent. Mais c’est grâce à la bande originale que certains plans confinent au sublime. Composée par l’artiste français Cyriak, les nappes électro combinées à des cœurs céleste transforment une nature possiblement hostile en lieu presque féerique.

Natura Critique Film Mickael Perret

Fight to survive

Débute ainsi un voyage où la nature est omniprésente, dans chaque plan, écrasant de tout son poids le long-métrage. Le choix si particulier du format épouse le calvaire de sa protagoniste, esseulée au milieu d’une forêt sans fin. Quelques landes de terres surgissent ici et là, mais l’horizon demeure bouché une bonne partie du visionnage. Dès lors, Natura bascule dans une sortie de huit-clos paradoxal, emprisonnant la narration dans un labyrinthe sans repère. Ne reste que la désorientation et le chemin de croix à venir pour la fuyarde, si faible et si fragile au milieu de ces cimes et montagnes enneigées à perte de vue.

La réussite de l’œuvre tient également aux événements à venir, Perret ayant l’intelligence de recentrer son périple sur les besoins les plus primaires qui soient. L’héroïne doit alors constamment se sustenter, trouver un abri ou des cours d’eau. Le temps devient l’antagoniste du récit. Pas de combats homériques, de poursuites infernales, juste la nécessité de survivre. Chaque avancée est une péripétie à part entière. De ces contraintes naît un mouvement perpétuel, une fuite en avant effrénée, où il faut sans cesse grimper pour atteindre l’objectif, une zone sûre en forme de paradis sur Terre après avoir vécu l’Enfer. Une mécanique vidéo-ludique ou biblique, au choix.

Loin d’un gore allemand forestier ou de grandes épopées sylvestres, Natura se rapproche in fine d’une expérience à la Hagazussa, opaque et radicale. Si la fuyarde allemande (interprétée par une Manya Muse saisissante) a remplacé la sorcière ostracisée, les deux vont pourtant devoir affronter un environnement hostile et lutter contre des forces invisibles ou non pour en sortir triomphantes. Film fauché ne rime décidément pas avec film sans idée.

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