
Réalisateur : Jim Markovic
Année de Sortie : 2012
Origine : États-Unis
Genre : Arnaque Forestière
Durée : 1h26
Thibaud Savignol : 1/10
Vaches à lait
Comme toute mode cinématographique, le film horrifique en camp d’été laissait entrevoir des bénéfices faramineux pour une petite mise de départ. Se mélangeaient ainsi de véritables velléités artistiques, des opportunités à saisir pour de jeunes artisans, ainsi qu’un filon à exploiter pour des producteurs en manque de liquidité. Pour Massacre au camp d’été, c’est un peu tout à la fois. Et en 1992, c’est au tour du quatrième opus de débarquer.
Déjà-vu
Le premier en avait laissé plus d’un pantois en 1983 avec son plan final emblématique. Un twist parmi les plus pervers de l’Histoire du cinéma, greffant immédiatement une lecture plus ambiguë au long-métrage. Contrairement à la grande majorité (totalité ?) des slashers, l’identité de la meurtrière est désormais connu d’office. Mais dorénavant exsangue après une décennie à exploiter le même filon, le slasher entame sa dernière mue.
D’entrée de jeu le ton est donné, et après un troisième opus aux incohérences béantes, l’introduction poursuit ce virage grotesque. Tourné au même endroit, le film se déroule essentiellement en forêt, laissant le camp de côté. Pas de bordel dans le dortoir, de jeux en plein air ou de réfectoire rempli de mômes criards. Juste des bois. Le concept s’essouffle, poussant toujours plus loin les caricatures, les facilités du script et le grand n’importe quoi.
L’impression d’avoir déjà lu ces lignes ? Rien de plus normal, chaque paragraphe est tiré d’une des critiques des trois premiers opus de la saga. Quel scandale ! Et bien le producteur John Klyza a eu la même idée pour son Massacre au camp d’été 4. Enfin, à l’origine pas vraiment. En 1992 démarre le tournage de ce nouvel opus, slasher forestier dans la lignée de ses prédécesseurs. Mais Double Helix, la boîte de prod responsable de la saga, fait faillite seulement quelques jours après les premiers coups de manivelle. Fin de tournage, et la franchise ne fera plus parler d’elle avant un paquet d’années.

Le zapping
En 2002 les rushs de ces quelques jours de tournages sont désormais disponibles en bonus dans le coffret regroupant la trilogie sortie aux États-Unis. Mais en 2012, Klyza met à exécution son plan machiavélique, et annonce la sortie de Massacre au camp d’été 4. La joie sera de courte durée. Les fans vont découvrir rien de moins qu’un mash-up indigeste et grossier des trois films précédents, agrémenté d’une poignée de nouvelles séquences.
Nouvelles séquences tirées des fameux rushs du tournage de 1992, sans le moindre étalonnage ou mixage. Et il est finalement plus divertissant de regarder cette demie-heure de rushs dans son intégralité, par curiosité, que de se farcir les 1h20 honteuses de ce «nouvel opus».
Un long texte inaugural nous présente Alisson Krammer, victime amnésique des longs-métrages précédents. Elle est renvoyée par son psy sur les lieux des meurtres afin de faire ressurgir, et potentiellement guérir, ses traumas, et sera sous la surveillance d’un ranger pour sa sécurité. Sont alors utilisés des plans où l’actrice pose dans les bois ou près d’un lac afin de justifier les innombrables flash blacks. Si les 20 premières minutes suivent la chronologie des trois films pour contextualiser Angela, ensuite c’est la foire à la saucisse.
Il n’y a juste aucune cohérence dans la construction de l’ensemble. Tout est balancé pêle-mêle, scènes de meurtres, révélations ou simples conversations. Un best-of bordélique de la saga, monté à la truelle. Aucun rythme ne se dégage, tant chaque séquence est agencée n’importe comment, en dépit du bon sens. Parfois l’extrait est trop long, d’autres fois il est interrompu en pleine action. Sans oublier un manque d’homogénéité flagrant, qui se traduit par des images plus ou moins de mauvaise qualité, et un son trop fort ou trop faible. Petit conseil, gardez votre télécommande sous le coude pour gérer le volume.
In fine, les dix dernières minutes tentent de mettre bout à bout les quelques rushs exploitables de 1992 pour délivrer un semblant d’intrigue et de résolution. Pour qui aura une forte imagination et saura recoller les pièces du puzzle. Un projet digne des pires filouterie de Charles Band, avec ses compilations qui n’étaient en réalité que des remontages d’œuvres existantes (Urban Evil et Horrific en 2000). Ni fait ni à faire, ce Massacre au camp d’été 4 est une arnaque totale, qui surfa sur la nostalgie des fans pour leur faire cracher encore et toujours un peu plus d’oseille. Hollywood es-tu là ?



