
Réalisateur : John Landis
Année de Sortie : 1981
Origine : États-Unis / Royaume-Uni
Genre : Fantastique Canin
Durée : 1h37
Le Roy du Bis : 7/10
Touriste enragé
Bien qu’il se soit jusque-là fait connaître par ses comédies (Schlock, le tueur à la banane…, Hamburger Film Sandwitch, American College), John Landis s’attelle au fantastique avec une adaptation moderne d’un monstre mythique de la universal : le loup-garou. Alors que le Hurlements de Joe Dante sort la même année, avec des effets spéciaux signés par Rob Bottin, Le Loup-Garou de Londres s’impose rapidement comme le meilleur film de lycanthrope grâce au talent d’un certain Rick Backer.
Ils parlent fort, sont négligés et sentent des pieds. En outre, ils nous gênent avec leurs sales manières, le genre à commander un thé dans un pub à bières ou bien à réclamer du vegan dans un resto routier. Il s’agit évidemment des touristes enragés qui alimentent le brouillard snobinard provoqué par les bobos moralisateurs. Ces beatniks globetrotters iront prôner l’éco-responsabilité, excepté lorsqu’il s’agit d’arrêter de manger du houmous et de l’avocat importés depuis l’autre bout du globe pour contenter leur appétit exotique insatiable. La révolte des locaux ne s’est pas fait attendre. Certains habitants ne se gênent pas pour leur faire comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus chez eux.
Dans la lande, une créature mythique cherche à dévorer les promeneurs égarés les soirs de pleine lune. Cet épouvantail ne décourage pas pour autant les curieux en quête de chimère et de mysticisme à deux balles. Dès son introduction, John Landis envoie son couple d’auto-stoppeur dans un convoi de moutons direction l’abattoir. Après un arrêt au Slaughtered Lamb (littéralement « l’agneau dépecé ») les touristes vont être sauvagement attaqués par un bâtard de corniaud. Sauvé in extremis par une bande de villageois, David va alors commencer à souffrir de syndromes post-traumatiques, et développer des perceptions extrasensorielles éveillant sa nouvelle nature de lycanthrope.

Tourné au Royaume-Uni pour profiter des avantages fiscaux, Le Loup-Garou de Londres abandonne rapidement les environnements austères et brumeux de la campagne galloise pour les quartiers londoniens. Ce changement de cadre s’inscrit dans la modernisation du mythe lycanthrope initié par son réalisateur, faisant surgir l’effroi dans des lieux plus communs du public des années 80 (zoo, hôpital, métro). Cette délocalisation opportune d’un folklore séculaire issue du milieu rural tend à souligner la démence contaminant alors la capitale britannique en pleine explosion punk. Après avoir orchestré un carambolage impressionnant dans Les Blues Brothers, John Landis imagine également toute une séquence dans Piccadilly Circus en proie à une attaque de loup-garou aussi gore que spectaculaire.
Mais il serait réducteur d’attribuer la seule réussite du film à ses effets spéciaux, car c’est bien dans l’art de son décalage que Le Loup Garou de Londres est le meilleur. John Landis ne renie ainsi jamais ses origines bis (les loups-garous nazis) et son sens de l’extravagance, dédramatisant l’horreur de la situation par des pointes d’humour noire (Jack revenant ponctuellement hanté son meilleur ami dans l’état d’un zombie purulent). Cette ambivalence se retrouve autant dans la mise en scène et effets de contrastes (vert et rouge) employés par le cinéaste que dans la psychologie bicéphale de son personnage principal. Le folklore anglo-saxons entre également en parfaite collision avec l’américanisation (la séquence de mutation détournée sur une figurine de Mickey).
Dans ce duel fratricide opposant Le Loup Garou de Londres à Hurlements, c’est bien dans la mutation en lycanthrope que les deux concepteurs se livreront une féroce compétition. Après avoir conseillé son ancien élève Rob Bottin, Rick Baker s’attela a ses propres effets spéciaux. Une semaine fut nécessaire à l’élaboration de cette séquence de 150 secondes découpés en 24 plans. La transformation en temps réel n’utilise aucun trucage optique, laissant entrevoir le changement corporel de l’acteur se laissant pousser les griffes, le museau ainsi que les dents avant que ses membres ne s’allongent grâce aux effets mécaniques complexes d’un animatronique manipulé par 10 techniciens. L’artiste sera le premier à remporter l’oscar dans sa catégorie. Mais l’élève ne tardera pas à dépasser le maître (The Thing)…



