
Réalisateur : Sam Raimi
Année de Sortie : 1987
Origine : États-Unis
Genre : Cabane Toujours Hantée
Durée : 1h24
Le Roy du Bis : 10/10
Thibaud Savignol : 8/10
L’Horreur avec un grand Ash
Nous pensions en avoir fait le tour. Sam Raimi était parvenu à transcender le concept limité de sa cabane dans les bois en la filmant sous tous les angles possibles pour mieux la déformer. Fort de son premier succès, le jeune prodige se voit donc ouvrir les portes d’Hollywood pour réaliser une comédie intitulée Mort sur le Grill. Suite à des différends artistiques et remontages intempestifs, le film fera un four assez cuisant. Au pied du mur, le jeune prodige décide alors de réaliser une suite à Evil Dead.
Ça Cartoon !
Produit par Dino De Laurentiis pour un budget de 3,6 millions de dollars, Evil Dead 2 avait tout de la séquelle boursouflée. Pour éviter que son poulain ne parte en vrille, le producteur souhaite que le film soit tourné dans ses studios en Caroline du Nord. Mais cela ne suffira pas à freiner les velléités artistiques du cinéaste. Désormais libéré des contraintes financières, Sam Raimi va enfin pouvoir déchaîner les enfers et développer ses effets de mise en scène les plus barges afin de livrer ce qui reste probablement encore aujourd’hui le meilleur film d’épouvante de tous les temps, rien de moins.
Evil Dead 2 prend place dans un unique décor : une cabane dans les bois frappé de forces occultes. Les survivants du premier opus sont passés à la trappe d’une nouvelle intrigue plaçant Ash Williams comme le héros de cette suite. Faute de disposer des droits du film, le cinéaste s’attarde à en produire un remake brouillon qu’il réduit à une courte introduction pour mieux orchestrer son apocalypse entre quatre murs et porté le film vers une dimension burlesque alors inédite pour le genre.
Persécuté par son réalisateur, Bruce Campbell se laisse succomber par la folie ambiante du plateau de tournage, s’éclatant des assiettes d’argile sur la tête, subissant un déferlement infernal de coups et de baffes. Le comédien accepte de prendre tous les risques, réalisant ses propres cascades, confectionnant ses propres maquillages mêlés à de véritables plaies. Sam Raimi fait de son personnage un héros mythologique armé d’un fusil à canon scié et d’une tronçonneuse greffé au poignée, annonciateur du futur de sa franchise.

Les conditions de tournages sont harassantes avec la chaleur régnant sur le plateau. Ted Raimi, le frère de Sam en fera également les frais, prêtant ses traits au personnage d’Henrietta. L’acteur souffrant de sévères démangeaisons, baignant dans la sueur de ses sécrétions, doit subir des heures de maquillage, porter plusieurs couches et prothèses de latex pour se métamorphoser en vieille sorcière boudinée à cou de girafe. Il faut souffrir pour être horrible. L’inventivité de ces maquillages se prolonge jusque dans le soin accordé aux effets spéciaux grâce au travail d’une équipe talentueuse notamment constituée par les futurs fondateurs du studio KNB (Howard Berger, Greg Nicotero et Robert Kurtzman).
Phantasmagoria
Evil Dead 2 ne donne jamais l’impression de faire dans la répétition, quand bien même il réemploie certains outils du précédent volet tel que la Shaky Cam, dont le procédé est amélioré lors des différents plan-séquences que pourvoit le long-métrage. La caméra virevoltante adopte le point de vue d’un démon envahissant le cadre brutalement défonçant le décor et l’environnement. Les vitres explosent, les portes claquent, et ce n’est pas les quelques planches pourries qui mettront les survivants à l’abri de cet esprit de Gandar.
Les délires et expérimentations visuelles ne se limitent d’aucune contrainte logistique ou technique. Il y a pratiquement une idée par plan, aussi drôle et déjantée soit-elle (le eye-popping and swallowing, l’attaque des lianes possédées, la séquence d’auto-mutilation etc). Cette litanie d’effets (travellings, décadrages, jeux de miroirs, séquences inversés, ratio d’image accélérés et objectifs déformants) et de gags digne d’un Tex Avery renforcent le surréalisme de la situation. Le mal contamine tous les éléments de la vieille bicoque, de ses habitants jusqu’au mobilier, confinant à l’hystérie collective.
Dans sa dernière partie, Sam Raimi casse littéralement la baraque en élaborant une tempête lovecraftienne ravageant l’intégralité de son décor. La dimension sonore transcende l’atmosphère cauchemardesque du long-métrage à grand renfort de hurlements, de rire sardonique, et de bruits inextricables. Le montage frénétique et rythmé ne laisse jamais le public se reposer sur ses deux oreilles, toujours à l’affût de la prochaine manifestation surnaturelle. L’étreinte d’un cadavre sans tête animée en stop-motion finit de plonger le public dans une fantasmagorie où l’univers de la bande-dessinée rencontre celui de l’épouvante-horreur pour un résultat démentiel.



