
Réalisateur : Greg McLean
Année de Sortie : 2006
Origine : Australie
Genre : Rando Meurtrière
Durée : 1h39
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 7/10
L’Ermite pas Net
Chaque année, des milliers de gens disparaissent dans l’Outback Australien. Si une majeure partie d’entre eux sont retrouvés sains et saufs en moins d’un mois, d’autres ne laissent jamais signe de vie. Ce pays aux vastes contrées sauvages est certainement l’un des pires dans lequel faire de la randonnée, entre son climat austère, ses espèces les plus venimeuses au monde, ses bandits expatriés et ses ermites survivalistes.
Trois randonneurs partent découvrir le cratère de Wolf Creek mais leur voiture tombe en panne. Un autochtone leur propose de les remorquer et de leur offrir le gîte et le couvert. Mais alors qu’ils se croient tirés d’affaire, la descente aux enfers ne fait que commencer. Dans la réactualisation des croquemitaines du Southwest (Massacre à la Tronçonneuse, La Colline a des Yeux), la primeur est à celui qui fera le plus grand carnage. Wolf Creek échappe néanmoins aux artifices américains à l’aide d’une mécanique à retardement rattachant le film aux sinistres faits divers dont il s’inspire.
À l’instar d’Hostel, Wolf Creek se distingue par une lente exposition prenant le temps de s’intéresser à ses personnages principaux. Greg McLean entend bien leur donner de la densité pour se familiariser avec eux et se projeter dans leur virée. À travers son rythme lancinant, le réalisateur livre de superbes compositions dont la beauté contraste largement avec la férocité de ses contemporains, grâce à des prises de vues naturalistes et immersives captées caméra à l’épaule. Son outil de mise en scène minimaliste lui permet de transcender son faible budget, restituant le flou caractéristique des caméras DV et se rapprochant du grain et parasitages visuels des vieux films d’exploitation.

Alors qu’une épée de Damoclès semble peser sur ce voyage sans que l’on sache quelle forme elle prendra, ni dans quelle direction elle frappera, l’antagoniste se présente sous des airs débonnaires. Le public se laisse facilement berner par le bagout et la jovialité de cet hôte à l’accent à couper au couteau. Quand la confiance que l’on place en l’être humain vacille pour laisser la place à l’effroi. L’intérêt du film tient beaucoup à l’interprétation de John Jarratt tout en nuance et franches ruptures de ton.
Le comédien incarne un manipulateur, vicieux et sournois, en opposition aux clichés occidentaux véhiculés par le film Crocodile Dundee (le gag de Paul Hogan avec son grand couteau y fait intimement référence). Son personnage n’agit que par instinct de prédation, renvoyant les touristes à leur plus simple condition animale pour mieux signifier le caractère hostile de son territoire. Paradoxalement, si Greg McLean prend le risque de déplacer l’empathie vers son antagoniste, le cinéaste sait contrebalancer le cynisme et la gouaille de son interprète par une cruauté à peine voilée.
Plutôt que de verser dans la surenchère de scènes gores, le réalisateur distille une atmosphère pernicieuse, abreuvant le spectateur d’images marquantes (mutilation, crucifixion, charnier de corps en décomposition). Ainsi le public partage le calvaire enduré par les protagonistes lors de ces différentes séances de tortures physiques et psychologiques. À la recherche d’une issue providentielle, le retour aux grands espaces naturels délivre une traque haletante que l’on sait jouée d’avance. Le panorama implacable renforce le sentiment de solitude et d’enfermement esquissé plus tôt dans son antre cloisonnée. Le plan final révèle le caractère particulièrement insaisissable du chasseur dont la silhouette se fondant dans l’environnement incarne toute la sauvagerie de cet arrière-pays.



