
Réalisateur : Ted Nicolaou
Année de Sortie : 2000
Origine : États-Unis
Genre : Found Footage
Durée : 1h19
Le Roy du Bis : 3/10
L’Esprit Fantoche
Les faux prophètes sont nombreux à vouloir s’attribuer les louanges d’un genre ou d’une idée. Il est admis que la paternité du Found footage revient bien au Projet Blair Witch pour sa forme réaliste et brute filmée en caméra portée et sa communication moderne et hors-norme. Son succès a largement redéfini le registre de l’épouvante horreur traditionnelle et prouvait qu’avec peu de moyens, et une rétention absolu d’effet, il était possible d’effrayer le public par le pouvoir suggestif du médium. Son absence de mise en scène, son réalisme et sa gestion du suspens rendait le film en tout point inimitable. Paradoxalement, peu de copycats ont cherché à reproduire ce formidable tour de force à une époque où les nouvelles caméras numériques mini-DV envahissaient le marché et permettaient à n’importe quel cinéaste en herbe de se lancer dans cette aventure.
Les Origines du Found Footage
Il faudra attendre la fin des années 2000 pour que le Found footage devienne le nouvel eldorado des producteurs indépendants (Jason Blum) et des gros studios. Quelques cinéastes ont néanmoins tenté de saisir l’opportunité dès le début du millénium. C’est le cas d’un certain Ted Nicolaou, l’un des plus fidèles artisans de la Full Moon Features, qui s’était associé à la Kushner-Locke Company et le distributeur Trimarks Pictures avec l’appuie de Charles Band crédité en tant que producteur exécutif.
Mine de rien, et bien qu’il reste inédit dans nos contrées, The St. Francisville Experiment constitue une pièce importante du Found footage. Le film s’intéresse aux événements paranormaux survenus au sein d’un manoir de Louisiane réputé hanté. Cette bâtisse pourvoit une légende urbaine selon laquelle son ancienne résidente Delphine LaLaurie aurait torturé et tué des esclaves au début du 19ème siècle. Fatalement, il s’agissait de l’endroit rêvé où planter ses caméras et produire une de ces émissions à sensations dont les adolescents sont tellement friands (MTV’s Fear, Ghost Hunters).

Initialement prévu comme un véritable documentaire, The St. Francisville Experiment a néanmoins muté en cours de tournage pour devenir cette œuvre de pure fiction mettant aux prises un petit groupe d’enquêteurs face aux mauvais esprits de la maison, se manifestant par des phénomènes de poltergeist (chaises volantes) et bruits inextricables. Dès 2000, le film comportait déjà toutes les tares paresseuses d’un genre qui allait saturer le marché près d’une décennie après : jump-scare, saturation sonore, mauvais effets numériques, indices disséminés dans la maison, comportements irrationnels, caméra tremblante.
Naturellement, les événements iront crescendo : un chat errant bondissant, la chute inexpliquée d’un vieux lustre, la présence d’un cafard dans un sandwich au poulet, un poupon enrubanné comme une momie dans les fondations ou des instruments ensanglantés retrouvés dans les sous-sols de la maison. Les enquêteurs plus téméraires que véritablement courageux vont alors chercher à percer le mystère des lieux en disposant des caméras à plusieurs endroits stratégiques (dispositif que l’on reverra par la suite dans le célèbre Grave Encounters, et son brillant copycat coréen Gonjiam Haunted Asylum).
La Maison de l’Indicible Erreur
Naturellement, le groupe va choisir de se séparer provoquant la confusion la plus totale dans les rangs ainsi qu’une série de contusions, de sueurs froides, et d’échardes. Les séances de spiritisme (ouija) et d’occultisme censées calmer les ardeurs de l’esprit frappeur ne feront que le galvaniser davantage, allant jusqu’à tirer l’un des visiteurs par les pieds pour le faire décamper (une séquence nous renvoyant au climax de REC). La gestion de l’espace non euclidienne devient de plus en plus confuse à mesure de l’enfoncement progressif des protagonistes dans les ténèbres. En réalité la raison est beaucoup plus simple et rationnelle que cela : la production a été délocalisée dans trois lieux différents…

D’un point de vue marketing, la tentative de faire passer ce faux documentaire pour un véritable Found footage témoigne de l’opportunisme de la démarche, surtout lorsque l’un des protagonistes s’exclame : «Avez-vous vu Le Projet Blair Witch ?». Les ressorts horrifiques paraissaient déjà largement éculés à l’époque surtout pour celui ou celle qui découvrirait le film avec l’héritage laissé par le genre. Sans surprise, les enquêteurs neuneus vont s’entêter face à des forces occultes qui les dépassent, squattant les pièces les plus hantées (surtout le grenier), jouant à fais-moi peur que je puisse enfin souiller mon pantalon. Fatalement, le réalisme recherché en prend un très large coup, et la suspension d’incrédulité sera réduite à néant.
Pourtant, il serait injuste de lui imputer ces facilités, puisque ces artifices communs et grossiers pourraient presque être qualifiés de «novateurs» pour l’époque (du moins, jusqu’à preuve du contraire). Reste donc le témoignage d’un échec cuisant budgété à hauteur de 250 000 dollars, et largement tombé dans l’oubli. Relégué dans les bas fonds du catalogue de Lionsgate Entertainment suite au rachat du catalogue de la Kushner Locke Compagny, Charles Band s’en portera par la suite acquéreur à un prix que l’on devine dérisoire pour le distribuer sur sa plateforme de streaming en exclusivité durant quelques années. Une fois la mode éphémère du Found footage passée, et face au désintérêt le plus total de ses abonnés, le producteur préférera jeter son dévolu sur des films de Jess Franco (Angel of Death, Jack l’Éventreur, Barbed Wired Dolls) ou de Dario Argento (Ténèbres, Phenomena) pour tenter de concurrencer les plus gros poissons (Netflix, Amazon…).



