
Réalisateur : J. Larry Carroll
Année de Sortie : 1984
Origine : États-Unis
Genre : Samourai Justicier
Durée : 1h21
Le Roy du Bis : 6,5/10
L’Empire Levant
En 1983, l’Empire de Band est celui d’un soleil levant. L’ambition du producteur est de faire de sa société une institution majeure du monde de la série B. Afin d’éviter les prises de risques, Charles Band cherche à sonder les tendances du moment et à trouver le combo gagnant. Ghoulies répond à la popularité des Gremlins et à l’hystérie collective de la Satanic Panic. Trancers sort dans le giron de Terminator, un an avant Retour vers le Futur. Les années 80 furent également très propices aux japoniaiseries, ainsi qu’aux films de kung-fu et d’arts martiaux. Ce type de feuilletons télévisés étaient extrêmement populaires et ont largement contribué à l’essor d’une vague de productions américaines. Swordkill fait de ce choc des cultures son principal fer de lance.
Dans le Japon de l’ère féodal, le samourai Yoshimitsu tente de secourir sa femme capturée par un clan rival. Hélas, l’affrontement tourne en sa défaveur et le guerrier finit par sombrer corps et âme dans une nappe d’eau glacée. Quatre cents ans plus tard, son corps est découvert avant d’être expédié à Los Angeles. Réanimé par une équipe de scientifiques, Yoshi doit alors apprendre à évoluer au sein d’une société dont il ne connaît pas les us et coutumes. Le comique de situation naît évidemment de ce décalage anachronique entre un homme fidèle aux préceptes du Bushido et une société occidentale complètement débridée (Yoshi découvrant avec stupéfaction l’urbanisme de la Cité des Anges, ainsi que les technologies contemporaines).

La spoliation est au cœur de Swordkill, aussi bien sur le plan culturel que spirituel (le corps d’un samurai nippon expatrié aux États-Unis, Yoshi découvrant les reliquats de son époque dans une boutique d’antiquaire, un infirmier cherchant à s’emparer de ses sabres). Le postulat science-fictionnel sur lequel repose le scénario, emprunté à Hibernatus de Molinaro, fut également le sujet d’un autre film sorti plus tôt la même année (Iceman), mettant un homme de Néandertal aux prises d’une bande de scientifiques cherchant à le disséquer. Mais contrairement à l’homme des cavernes, le samurai interprété par Hiroshi Fujioka (Kamen Rider) constitue le chaînon manquant entre Charles Bronson (Un Justicier dans la ville) et Toshiro Mifune (Yojimbo le Garde du Corps).
Une fois réanimé, Yoshimitsu se met donc à répandre le sang pour nettoyer la racaille des rues. Poursuivi par les forces de l’ordre, le sabreur se retrouve également à devoir lutter contre l’agence responsable de son réveil cherchant à noyer toute cette affaire avant qu’elle ne s’ébruite. En réalité, Swordkill n’a aucune intention de poser de grands questionnements d’ordre éthiques, philosophiques ou moraux, ni même de jouer avec les idées astucieuses de la science-fiction. Coincé entre une romance impossible, les apparats traditionnels d’un code d’honneur désuet, et une cavale meurtrière, l’histoire de Yoshi semble se répéter ad nauseam, par l’entremise de flash-back le liant à son destin.
L’introduction tournée dans les montagnes enneigés insuffle un vent épique à cette production Charles Band entre ses figurants en costume, la composition orchestrale de Richard Band interprété par le Royal Philharmonic Orchestra, et la photographie de Mac Ahlberg inspirée des jidai geki et chanbara de la Toho. Swordkill élève la barre à un niveau auquel le producteur ne nous avait que rarement habitués. Dommage, le film peine à maintenir cet élan romanesque faute de péripéties, d’humour rocambolesque, ou d’émotion. J. Larry Carroll livre néanmoins un divertissement au charme suranné, emprunt d’une certaine forme de mélancolie aussi évanescente que la floraison d’un cerisier japonais.



