[Critique] – Christmas Evil


Christmas Evil affiche film

Réalisateur : Lewis Jackson

Année de Sortie : 1980

Origine : États-Unis

Genre : Père Noël Tueur

Durée : 1h40

Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10


Le Père Noël a les boules


Chronique d’un Désœuvré

Mais là où les films familiaux font de Santa Klaus un être jovial et débonnaire cherchant toujours à propager le bonheur autour de lui, les films d’horreur en font à l’inverse un esprit maléfique et tourmenté, semant la mort et la destruction. Ces deux facettes antinomiques peuvent toutefois coexister comme le démontre le film de Lewis Jackson, dans lequel le père Noël prend aussi son devoir de père fouettard très à cœur. Christmas Evil pervertit cette image d’Epinal dès son introduction en choisissant de montrer un Père Noël libidineux, surpris en flagrant délit par ses deux garçons.

Christmas Evil critique film

Cette entrée en matière permet au réalisateur de dresser le portrait d’un quinquagénaire voyeuriste et solitaire, ayant bâti sa vie d’adulte sur ce traumatisme de jeunesse. Harry travaille dans une usine à jouets et passe le plus clair de son temps libre à collectionner des décorations et items en lien avec Noël. Il prône et véhicule les bonnes valeurs morales et familiales (le partage, la bienveillance, l’amour, et l’empathie) et complète des registres dédiés aux enfants du voisinage, dont il note les bonnes et mauvaises actions pour décider en fin d’année s’ils méritent un jouet ou bien un morceau de charbon. Mais à mesure qu’il se retrouvera confronté aux perversions du monde qui l’entoure, le pauvre hère perdra peu à peu la raison.

Le Dérapage

Une fois le costume de Père Noël revêtu, Harry se sentira investi d’une divine mission : répandre le bonheur auprès des enfants les plus sages et nécessiteux. Et garde à ceux qui tenteront de l’en empêcher ! L’introduction de cette quête amorce alors une série de bonnes actions, mais aussi de crimes et de châtiments corporels à travers la ville. Si le film a le mérite de proposer quelques meurtres particulièrement graphiques, l’intérêt découle moins du bodycount de victimes que de ses nombreuses ruptures de ton (la séquence où Harry se contorsionne pour s’engouffrer dans le conduit trop étroit d’une cheminée), à mesure des crises et pulsions de ce faux prophète.

Christmas Evil critique film

Finalement, l’horreur de Christmas Evil est avant tout d’ordre psychologique et social. Celui du mal-être d’un homme dont l’innocence va se consumer à petit feu face à une réalité moins clinquante et plus amère. Le réalisateur ira même plus loin, jusqu’à échafauder une brève réflexion sur les dérives engendrées par la société de consommation : les babioles bas de gamme défilent sur une ligne de production que les ouvriers assemblent sans envie ni état d’âme. La joie esquissée sur les visages des chérubins honorés d’une farandole de présents, s’effacera néanmoins rapidement face au dérapage monstrueux de leur bienfaiteur. 

Christmas Evil dévie alors de sa trajectoire pour investir celle d’une traque à l’homme. C’est là que le film tient sa meilleure idée : dans cette impasse de banlieue bordée de décorations lumineuses assimilées à des barreaux de prison, Harry devra les briser avec son van lui servant de traîneau afin de s’évader. Cette séquence illustre parfaitement le fossé ténu entre la croyance, la fantaisie et le fantasme. Le spectateur sera néanmoins libre de l’interpréter autrement, soit comme le délire d’un homme fou ayant fini par perdre la raison, le costume maculé de sang, le corps meurtri de coups et blessures et la tête fracassée contre son volant.

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