[Critique] – Histoires de Fantômes Chinois


Histoires de Fantômes Chinois affiche film

Réalisateur : Ching Siu-tung

Année de Sortie : 1987

Origine : Hong-Kong

Genre : Romance Fantastique

Durée : 1h38

Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 7/10

Sortie en Blu-Ray 4k de la trilogie le 14 février 2026 chez Metropolitan Film Export


In The Ghost for Love


La Folie des grandeurs

Genre à part entière dans l’ex-colonie, peu sont motivés à l’idée de suivre Hark dans sa nouvelle lubie. Il souhaite réengager Leslie Cheung désormais auréolé de son succès du Syndicat du Crime, mais ce dernier a eu une mauvaise expérience par le passé. Son chef opérateur n’en a tout simplement jamais fait, quant à Ching Siu-tung lui-même, il n’est guère enchanté par l’idée. Fils de réalisateur et expert en chorégraphies martiales, Hark va le dénicher, flairant le diamant brut à polir. Expliquant à chacun que ce ne sera pas un film poussiéreux mais une œuvre conçue comme moderne, il parvient à embarquer tout le monde avec lui.

Histoires de Fantômes Chinois Critique Film

Le tournage dure 8 mois, non pas à cause de problèmes particuliers du type catastrophe météorologique ou décès d’un acteur, mais parce que le film est incessamment monté, remonté et des scènes ajoutées. La première projection à l’équipe se soldant par un désastre, Hark, bien connu pour son omnipotence, décide de tourner des scènes supplémentaires.

S’il ne s’occupait jusqu’alors que de scènes annexes, il co-réalise avec Chin Siu-tung la dernière partie complètement folle en Enfer, à la base absente du script. Rajoutant un peu de romance et une bande originale retravaillée par le cador James Wong (une chanson pour chaque personnage), on comprend mieux le résultat final bordélique, qui derrière son hétérogénéité casse gueule dégage pourtant une singulière homogénéité.

Fantômes contre Fantômes

La sensation de trop plein n’émerge jamais, malgré les rajouts successifs imposés à la production au fil des remontages. De la comédie Kung-Fu à la romance, voire à l’erotic-soft, en passant par le film de fantômes japonais ou l’horreur pure, Histoires de Fantômes Chinois est un spectacle en permanence sur le fil, mais dont les nombreuses fulgurances témoignent d’une énergie bien réelle. Les deux compères transfigurent le poussiéreux film historique en costumes pour lui donner ses lettres de noblesses modernes.

Ancré dans une époque passée, Ching Siu-tung remplit haut la main le pari de Tsui Hark, désireux de revisiter le folklore chinois sous un angle résolument neuf. Le montage cut, bien que parfois cache misère, donne d’emblée le ton, bien aidé par de vifs mouvements de caméra, des décadrages en pagaille et une volonté constante d’ultra-styliser les images (brume omniprésente, couleurs, contre-jours, ombre chinoises).

Histoires de Fantômes Chinois Critique Film

Le talent du bonhomme s’exprime pleinement lors des nombreuses scènes de combats, où se multiplient les chorégraphies dantesque en trois dimensions. Les protagonistes flottent au grès du vent, s’envolent pour mieux se pourchasser, décuplant cette impression de rêve et d’irréel qui imbibe le film. Terriblement terre à terre dans ses situations d’exposition et comiques, ces séquences ancrent le récit dans un fantastique total, où deux mondes se côtoient, où les frontières troubles s’effondrent pour mieux décupler les enjeux. Cette illustration de l’Au-delà, typiquement asiatique, à la poésie funeste, raconte l’amour sous toutes ses formes, sans limite de temps ou d’espace.

Mélangeant les genres avec une habilité déconcertante, dans un joyeux bordel aussi bien bricolé que sophistiqué par endroits, Siu-tung signe un petit film culte inclassable. À l’instar de son mentor, il délivre une dernière demie-heure exubérante, sans aucun temps mort (revoyez Il Était une fois en Chine ou The Blade pour vous en convaincre), où au moins une idée jaillit par plan. Annonçant les grandes heures de Tsui Hark et son envie de renouveler le film en costumes, Histoires de Fantôme Chinois est un coup d’éclat qui un an après Le Syndicat du Crime et un an avant The Killer, confirme l’explosion d’un cinéma local à l’échelle mondiale.

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