[Critique] – Mean Guns


Mean Guns affiche film

Réalisateur : Albert Pyun

Année de Sortie : 1997

Origine : États-Unis

Genre : Polar

Durée : 1H44

Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 5/10


Unreal Tournament


Réalisateur prolifique au rythme de production stakhanoviste, Albert Pyun a longtemps souffert d’une réputation de tâcheron, nourrie par le minimalisme assumé de ses films et par la misère de leurs exploitations vidéo. Les éditions DVD recadrées en 4/3, aujourd’hui reléguées aux bacs poussiéreux des Cash Express, ont durablement nui à la perception de son travail, trahissant son goût obsessionnel pour le 35 mm et le soin apporté à la composition de l’image. Un aspect aujourd’hui largement réévalué, notamment grâce au travail de son fidèle chef opérateur George Mooradian. L’injustice est en partie réparée avec Mean Guns, tourné comme la majorité de ses œuvres en à peine cinq jours et en cinémascope.

Cent pour Cent

Le postulat de Mean Guns repose sur le concept d’une gigantesque Battle Royale : Cent tueurs à gages sont réunis dans une prison flambant neuve et sommés de s’entretuer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un, seul héritier d’un magot promis aux survivants. Alliances de circonstance, trahisons et règlements de comptes s’enchaînent alors dans une mécanique de prédation féroce et implacable. 

Christophe Lambert avec ses cheveux peroxydés et son rire sardonique, incarne une nouvelle variation du chien fou qu’il affectionne tant, évoquant par moments son personnage dans Subway. Ice-T, de son côté, livre l’une de ses prestations les plus barge, en seulement une journée de tournage. Les deux acteurs qui partagent plusieurs scènes à l’écran, ne se sont pourtant jamais croisés durant le tournage, preuve d’un montage particulièrement maîtrisé.

Mean Guns critique film

John Weak

D’une certaine manière, Mean Guns peut être vu comme un proto John Wick. Non par sa chorégraphie encore rudimentaire, mais par la manière dont Pyun esquisse en arrière-plan l’existence d’un véritable univers criminel régi par ses propres règles. Cette prison transformée en arène devient ainsi le microcosme d’une gigantesque omerta, où les tueurs à gages sont les rouages d’une organisation tentaculaire qui dépasse largement le cadre du récit.  Certes, l’intrigue demeure avant tout gouverné par l’urgence et la violence immédiate, mais cette toile de fond esquissée à gros traits lui confère une épaisseur presque programmatique, que Chad Stahelski exploitera pleinement deux décennies plus tard. 

George Mooradian parvient une fois encore à faire des miracles avec peu de moyens. Sa photographie métallisée, obtenue grâce à une pellicule expérimentale et à un usage appuyé de filtres bleutés, évoque l’esthétique des films de Michael Mann. Les gunfights s’inspirent plus ouvertement des polars de John Woo : entre une caméra subjective suivant la trajectoire des balles, une série d’impasse mexicaine, et quelques envolées acrobatiques où Lambert s’improvise en Chow Yun-fat des bacs à soldes.

Au milieu de ce carnage, le réalisateur introduit également une touche d’innocence évoquant la peinture de Takeshi Kitano dans Battle Royale : une jeune fille candide au milieu d’un tableau jonché de cadavres ensanglantés et de douilles fumantes. Cette intention artistique finit par trouver une justification narrative à travers une série de flash-back, conférant une résonance léonienne à l’ensemble, appuyé par la gestion du duel final.

Enfin, comme souvent chez Pyun, la musique occupe une place centrale. Mean Guns ne fait pas exception, multipliant les choix musicaux entraînants qui tranchent volontairement avec la violence à l’écran, créant un décalage ironique rappelant certaines audaces futures de Quentin Tarantino. Le recours au mambo, en particulier, confère aux scènes de massacre une dimension presque chorégraphique, comme si les personnages dansaient une valse mortelle au rythme des rafales. Tout n’est pas pleinement exploité, certes. Mais difficile de bouder son plaisir tant le film apparaît aujourd’hui comme la démonstration éclatante d’un savoir-faire d’artisan trop longtemps ignoré.

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