
Réalisateur : David Nutter
Année de Sortie : 1994
Origine : États-Unis / Roumanie
Genre : Flic du Futur
Durée : 1h13
Le Roy du Bis : 4/10
Transchivalry
Charles Band ne perd pas le nord. Après un Trancers 4 s’achevant sur un redoutable cliffhanger, Trancers 5 sort seulement quelques mois plus tard afin d’offrir au public la conclusion des aventures médiévales de Jack Deth. Et pour être sûr que personne ne soit totalement perdu dans ce marasme narratif, le film s’ouvre sur un résumé appuyé de l’opus précédent. Résultat : une durée famélique dépassant à peine l’heure, génériques inclus. Mais le temps est une donnée relative et ne possède pas la même valeur selon la nature du divertissement proposé, et la patience de son public.
Tim Thomerson reprend donc du service, plus désabusé que jamais, errant en trenchcoat au milieu d’un décor d’heroic fantasy avec son pistolet laser, un anachronisme ambulant qui aurait pu être drôle si le film savait quoi en faire. Et puisqu’il faut bien clarifier les choses : non, Jack ne chasse pas des “transsexuels” comme on peut parfois le lire dans des résumés approximatifs (source ImdB), mais bien des Trancers, ces vampires psychiques capables d’absorber l’énergie vitale et de se transformer en brutes sanguinaires. Alors, certes, ils ont bien les cheveux longs, des tenues de velours et un balai dans le cul, mais ce n’est n’est pas une raison pour sombrer dans ce genre de raccourcis douteux.
Trancers 5 Sudden Deth reprend exactement là où Trancers 4 s’arrêtait : Jack mène désormais l’insurrection dans le monde d’Orphée, à la tête d’une poignée d’insurgés. Une révolution low-cost pour libérer un peuple opprimé, tout en nourrissant une nostalgie tenace pour son futur noir, où il noyait son vague à l’âme dans des bars en collectionnant les conquêtes d’un soir. Heureusement, les scénaristes ont trouvé un moyen imparable de le ramener chez lui. À défaut du Necronomicon, Jack devra donc mettre la main sur un diamant magique censé lui permettre de regagner sa dimension… à condition de se concentrer très fort et de vaincre son alter égo maléfique. Il faut bien admettre que la franchise Trancers n’a jamais brillé pour ses emprunts (qui a dit plagiat ?) à d’autres films (Blade Runner, Terminator, Evil Dead L’Armée des Ténèbres).

Dans cette quête, Jack est accompagné de Prospero, fils du terrible Lord Caliban ramené à la vie par le pouvoir du Deus ex machina. Ensemble, les deux aventuriers errent à cheval dans la contrée roumaine, se délectent de grappes de raisins devant des danseuses affriolantes, bottent le cul d’un mendiant qu’il l’avait bien cherché et se racontent des histoires autour d’un feu de camp. Jack, raciste et odieux comme pas deux enchaîne les remarques douteuses et les accès de mauvaise foi pendant que Prospero tente de lui inculquer une leçon de morale pontifiante sur la relativité du bien et du mal. Malheureusement, cette dynamique de buddy movie tient davantage du duo contraint et forcé que de la véritable alchimie.
Trancers 5 nous promettait une passionnante épopée, avec de grandes joutes à l’épée et des reconstitutions de batailles épiques préfigurant les grandes fresques historiques de Ridley Scott (Gladiator, Kingdom of Heaven). En réalité, les séquences d’action se limitent à quelques échauffourées entre robins des bois, gueux et archers perdus dans un sous-bois, quand ce n’est pas dans un vieux décor de château fort. L’ambition se heurte frontalement à la réalité budgétaire. Difficile d’ailleurs d’accabler totalement David Nutter, qui semble bricoler avec les moyens du bord dans des conditions de production manifestement précaires.
Le film tente bien de nous vendre une bromance improbable, un conflit père-fils aux accents shakespearien, et une lutte manichéenne entre bien et mal… mais rien ne prend vraiment. On devine pourtant que la saga cherchait à se réinventer, peut-être même à préparer un passage de relais avec le personnage de Prospero. Mais le désengagement évident de Tim Thomerson enterrera temporairement la franchise dans les limbes du temps. Et au vu du résultat, difficile de ne pas y voir une forme de soulagement.



