
Réalisateur : Charles Band
Année de Sortie : 1983
Origine : États-Unis
Genre : Space Post Apo
Durée : 1h24
Le Roy du Bis : 5/10
L’Aigle de la (bis)route
Tourné en stéréoscopie pour un budget estimé à près de 3,5 millions de dollars, Metalstorm : The Destruction of Jared-Syn s’impose comme l’une des entreprises les plus ambitieuses de Charles Band. Fort d’une première expérience en relief avec Parasite, le cinéaste voit cette fois beaucoup plus grand et tente un pari audacieux en fusionnant l’imaginaire post-apocalyptique popularisé par George Miller et les épopées galactiques de George Lucas au sein d’un même objet filmique. Une ambition dévorante et déraisonnable, qui témoigne autant de l’opportunisme de son auteur face à la mode effervescente de la 3D que de son envie manifeste de rivaliser, à son échelle, avec les mastodontes du cinéma populaire de l’époque.
Éden de Rouille et d’Acier
Dans des temps immémoriaux sur une planète inconnue, le ranger Dogen erre dans des étendues désertiques à la poursuite de Jared-Syn, un tyran cherchant à dominer le monde. Aidé d’un cristal aux pouvoirs obscurs, ce dernier cherche à asseoir son emprise sur des tribus de mutants, épaulé par son fils Baal, inquiétant hybride cybernétique dont les attaques empoisonnées sèment la terreur parmi les autochtones.
Lorsque Dogen croise la route de Dhyana, jeune femme dont le père vient d’être assassiné par les sbires de Jared-Syn, il accepte de l’aider dans sa quête de vengeance. Le héros improvise alors une traque à travers un désert peuplé de créatures difformes, de pillards et de survivants plus ou moins recommandables, bientôt rejoint par Rhodes (Tim Thomerson), un ancien ranger cynique et désabusé.
À mi-chemin entre le western futuriste et le space-opera, Metalstorm aligne poursuites et cascades motorisées, duels au pistolet laser et délires mystico-fantastiques dans un univers post-apocalytpique conçu comme un terrain de jeu propice pour la stéréoscopie. Derrière cette accumulation d’éléments hétéroclites, Charles Band tente surtout de poser les bases d’une franchise en devenir, à travers une intrigue nébuleuse et rachitique dont les règles semblent parfois se dérober à toute logique.

C’est toutefois du côté de la mise en scène que Metalstorm révèle le mieux ses limites. Prisonnier de son dispositif en relief, Charles Band multiplie les effets de jaillissement avec une insistance mécanique : des projectiles, des jets de liquide toxique ou de simples éléments de décor viennent systématiquement agresser l’objectif, transformant chaque scène en démonstration technique plus ou moins gratuite. Un choix d’autant plus contraignant que le tournage, effectué en plein cagnard avec un dispositif 3D lourd et énergivore, impose à l’équipe des conditions éprouvantes (des projecteurs de lumière surpuissants, des costumes étouffants, et des maquillages contraignants).
Mad Dogen
Pensée avant tout pour l’exploitation en relief, l’expérience se limite donc à une bande démo où la profondeur prend le pas sur la mise en scène. Cette logique atteint son paroxysme lors des courses-poursuites, régulièrement filmées en plans subjectifs à ras du sol, avec une caméra fixée au capot des véhicules. Loin de dynamiser l’action, ces séquences répétitives, ralenties par le poids et l’inertie des bolides lourdement customisés, donnent surtout l’impression de combler la vacuité des enjeux narratifs, étirant artificiellement un métrage déjà chiche en rebondissements.
Dans ce grand patchwork qui pioche sans vergogne chez George Miller et George Lucas, l’ensemble finit par ressembler à une contrefaçon opportuniste et branlante : difficile de ne pas penser à la cantina de Mos Eisley lors de la séquence du bar (La Guerre des Étoiles), ou encore à la fosse de Carkoon devant l’apparition des vers des sables (Le Retour du Jedi). Les duels, combats et cabrioles peinent à masquer la pauvreté des effets spéciaux, entre des incrustations hasardeuses et des animations en rotoscopie au rendu pour le moins approximatif.
Entre un antagoniste énigmatique (Michael Preston) et un Mad Max du pauvre (Jeffrey Byron) voué à rester dans l’ombre de Mel Gibson, les deux principales têtes d’affiches finissent carrément éclipsées par les seconds rôles : Richard Moll (Mestema) en mutant cyclopéen, R. David Smith (A.I. Intelligence Artificielle) en cyborg patibulaire, et surtout Tim Thomerson (Trancers), en copycat de Han Solo qui apporte une touche de désinvolture et une énergie qui font cruellement défaut au héros. À force de recyclage et d’emprunts, le film peine ainsi à se forger une identité propre, comme si la tempête de métal promise par le titre n’avait finalement accouché que d’un alliage de ferrailles rouillées.



