
Réalisateur : Pierre de Moro
Année de Sortie : 1985
Origine : États-Unis
Genre : Women in Prison
Durée : 1h30
Le Roy du Bis : 5/10
Disponible à la Vente chez Uncut Movies
Les Oubliettes
Parmi l’offre pléthorique de séries B douteuses abandonnés dans les oubliettes des bacs à soldes, Hellhole occupe une place assez particulière. Réalisé par le Français Pierre De Moro, le film ressemble à un mélange improbable entre un film d’horreur psychiatrique et un pur produit d’exploitation. L’affiche racoleuse promet une proposition de cinéma extrême avec un tueur sadique, un asile inquiétant, des expériences médicales douteuses et surtout de jeunes femmes sexy prêtes à faire tomber le haut et le bas à la moindre occasion. Dans les faits, il s’agit surtout d’un prétexte à aligner quelques situations vaguement érotique.
L’histoire commence pourtant sur une note relativement sombre. Susan, une jeune femme sans histoire, surprend un homme en train d’assassiner sa mère. Sous le choc, elle tente de fuir mais chute lourdement et se retrouve victime d’amnésie. Profitant de son état, un médecin impliqué dans l’affaire parvient à la faire interner dans un établissement psychiatrique pour jeunes femmes, officiellement pour la soigner jusqu’à ce que sa mémoire revienne. Malheureusement pour elle, la clinique en question n’a rien d’un lieu de repos.
Dirigée par la doctoresse Fletcher, une responsable tyrannique et lubrique, l’institution dissimule dans son sous-sol un laboratoire clandestin où sont menées d’étranges expériences sur les patientes les plus rebelles. Certaines d’entre elles finissent lobotomisées et abandonnées dans un dédale de cellules surnommé «le trou de l’enfer». Pendant ce temps, Silk, le tueur responsable du meurtre de sa mère rôde toujours dans les environs et garde un œil sur Susan, bien décidé à découvrir ce qu’elle pourrait se rappeler.
Le film reprend assez opportunément tous les codes du sous-genre WIP («femmes en prison») qui avait fait les beaux jours du cinéma d’exploitation des années 70. Même si l’action se déroule dans un hôpital psychiatrique plutôt que dans un pénitencier, le schéma reste identique : une jeune femme innocente enfermée contre son gré, une directrice sadique qui abuse de son pouvoir, un environnement clos où règnent humiliations, rivalités et punitions, le tout ponctué de séances de saphisme destinées à chauffer le public majoritairement masculin.

Dans Hellhole, la plupart des pensionnaires ressemblent d’ailleurs davantage à des actrices porno qu’à de véritables patientes. Les scènes de douche collective, les bagarres entre femmes et même un improbable bain de boue apparaissent comme autant de passages obligés d’un cahier des charges partiellement assumé. Car son réalisateur ne semble pas assumer la radicalité de son concept. Malgré son décor propice à l’horreur et une atmosphère délétère qui sent le vice à plein nez, le film reste trop leste sur le fouet, préférant la seringue à l’hémoglobine.
Les expériences menées dans le sous-sol auraient pu donner lieu à des séquences véritablement dérangeantes, mais elles se limitent le plus souvent à quelques injections mystérieuses et à des patientes qui sombrent dans une folie plus théâtrale qu’effrayante. Le fameux «trou de l’enfer», censé être le cœur du cauchemar, sert surtout de sous-sol sombre et miteux, où les pensionnaires lobotomisées se contentent de tendre les bras à travers des barreaux de prison.
Curieusement, l’héroïne (Judy Landers vue dans Ma Prof est une Extra-Terrestre) se révèle être le personnage le moins intéressant du film. En effet, Susan passe la majorité du récit à errer dans les couloirs avec une expression vaguement inquiète. Sa retenue contraste avec l’exubérance des nombreux personnages secondaires qui animent cette clinique inhospitalière, entre un gardien zélé à la gueule au carré (Robert Z’Dar), un tueur infiltré à la personnalité exaltée (Ray Sharkey), et une doctoresse sadique et perverse à souhait (Mary Woronov).
Cette galerie de personnages extravagants contribue néanmoins à maintenir le film à flot, même lorsque l’intrigue semble perdre toute cohérence. Au final, Hellhole n’a rien de l’expérience extrême vendue par son producteur Samuel Z. Arkoff. Le film semble surtout avoir été conçu pour aligner les scènes de nudité et les situations racoleuses typiques des bandes d’exploitation de l’époque. David DeCoteau n’aurait sûrement pas fait pire que Pierre De Moro.


