[Critique] – Robert Reborn


Robert Reborn affiche film

Réalisateur : Andrew Jones

Année de Sortie : 2019

Origine : Royaume-Uni

Genre : Poupée Hantée

Durée : 1h17

Thibaud Savignol : 4/10


Red is Dead


Tel une Martine de chiffons, voici que débarquent les nouvelles aventures du pantin Robert, toujours prêt à voyager aux quatre coins du monde. Après l’Angleterre des deux premiers opus et l’Allemagne nazie des épisodes 4 et 5, direction l’URSS des années 50 pour l’ultime volet de la saga. C’est ce que précise un petit texte introductif ajouté sur une image numérique moche de la Place Rouge, cadrée de façon à ne rien révéler de sa modernité. Raté. On se contentera alors des horribles accents des comédiens et de quelques vulgaires costumes d’officiers russes de farces et attrapes pour tenter de s’immerger dans cette nouvelle temporalité.

Back in the uSSR

Le marionnettiste Amos a enfin réussi à fuir ses poursuivants nazis. Il vit désormais reclus dans un petit bled de la Mère Patrie, passant ses journées à choyer ses créations, quand il n’est pas occupé à animer un petit théâtre de quartier. Mais alors que Staline est mourant, la gradée Olga va mettre à jour le petit stratagème du germain. Elle tente de le convaincre d’user de son livre magique, qui on le rappelle ressuscite et permet l’immortalité, pour sauver le Guide Suprême. Face à son refus démarre une nouvelle chasse à l’homme entre un vieil homme de plus en plus puissant et quelques sbires un tantinet agressifs.

Rajoutez l’ouverture sur l’hymne de l’Union soviétique, une petite partie de roulette russe et un pilote bourré à la vodka, il ne manque plus qu’un ours armé d’un marteau et d’une faucille pour parfaire le tableau. Forcément, avec trois décors minimalistes (un jour il faudra faire le décompte du nombre de décors cités à chaque critique), difficile de rendre compte d’une quelconque époque ou ambiance.

Robert Reborn Critique film Andrew Jones

Salut mon pote !

Toujours aussi fauché, « l’art » d’Andrew Jones vire ici presque à l’abstraction. Lors d’un échange de rue entre les deux officiers et un vendeur d’informations, ne se dessinent que les visages sur-éclairés dans l’obscurité la plus totale. De même lors de la représentation théâtrale d’Amos : la scène sur laquelle il performe apparaît coupée du réel, les quelques mains qui applaudissent se réduisent à une rangée floutée et l’officier russe est isolée de ses contemporains dans le fond. Un découpage épuré, simpliste, réduit à quelques plans. Jones avance ainsi presque par symboles représentatifs (les poupées, un éclairage, un visage, des mains) plus que par plate illustration mécanique comme il avait coutume de le faire.

S’il se pourfend encore d’un prologue inutile, où nous montrer la mort de l’enfant Robert et sa mise en poupée n’aura absolument aucune incidence sur la suite du récit, l’épilogue embrasse quelques idées qui méritaient davantage. Amos est traqué par les services britanniques pour son livre, eux qui avaient juré de le protéger pendant la guerre. On fait référence à lui comme un possible super-vilain, désormais immortel et revanchard (tout le monde a tout le temps essayé de le refroidir).

Malheureusement, en 2019 Andrew Jones tombe gravement malade. Ses projets fondent comme neige au soleil, avec seulement quatre films en trois ans, loin de ses standards de pur stakhanoviste. Atteint du syndrome de Cushing, il nous quitta à seulement 39 ans en 2023. Il laisse derrière lui une saga bancale mais attachante (sauf le quatrième épisode, à oublier), ainsi qu’une filmographie totalement bis voire Z, flirtant bon avec le cinéma d’exploitation d’un autre temps.

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