[Critique] – Heatseeker


Heatseeker affiche film

Réalisateur : Albert Pyun

Année de Sortie : 1995

Origine : États-Unis / Philippines

Genre : Combattants Augmentés

Durée : 1H31

Le Roy du Bis : 5/10


Iron Bones


Cyberjunk 2019

Difficile de déterminer le coût exact de l’opération, le budget global de 6 millions ayant été divisé entre ces trois productions. Une misère, donc. Et comme si ça ne suffisait pas, l’édition DVD charcute le film en 4/3 recadré, trahissant honteusement le format scope original. Un sacrilège, tant l’intérêt des films de Pyun repose aussi sur le travail d’orfèvre de son chef opérateur fétiche George Mooradian, capable d’ennoblir trois projecteurs et une fumigène claquée au sol.

Pas sûr, d’ailleurs, que le réalisateur hawaïen imaginait passer l’hiver 2019 confiné dans sa maison. Dans sa vision du futur, il n’y avait ni pandémie mondiale ni invasion russe sur le front occidental. En revanche, les questions liées aux dérives du transhumanisme et au néolibéralisme sauvage étaient bel et bien au cœur de son scénario. Une lucidité paradoxale pour un cinéaste souvent moqué pour ses budgets faméliques et ses productions bricolées.

Pour pallier la crise des sports de combat qui ne passionnent plus les foules, le monde de Heatseeker a trouvé la parade : tricher. Une nouvelle génération de combattants accepte désormais de se faire implanter des prothèses bioniques censées améliorer leur performance. Mais on ne fait pas des chevaux de course avec des bourricots. O’Brien, champion du monde en titre, garanti sans additif, sans implant et sans couenne de porc, ne fait qu’une bouchée de ces boîtes de conserves ambulantes. Cela ne plaît guère à la SIANON Corporation, une multinationale toute-puissante qui compte bien faire de son protégé le nouveau champion en organisant leur propre Kumite auquel O’Brien sera contraint de participer s’il veut pouvoir retrouver sa femme kidnappée.

Heatseeker critique film

Aïe, Robot !

À l’instar de Bloodsport, le film est rythmé par une succession de combats d’exhibition entre des participants aux styles divers et variés. On aurait pu penser qu’avec deux épisodes de la saga Kickboxer à son actif, Albert Pyun aurait plus d’un tour dans sa manche pour assurer le show grâce à une mise en scène nerveuse et incisive. C’est pourtant à ce niveau que Heatseeker mord le tatamis, entre des chorégraphies trop courtes et sans impact, des adversaires peu impressionnants ou mal caractérisés,  et cette fâcheuse tendance à filmer l’action en plans larges depuis les gradins, noyant les coups sous une masse de figurants anonymes. Et ce n’est pas en plaquant une nappe de synthé par-dessus que les bagarres deviendront soudainement plus exaltantes. 

Cela dit, Keith Cooke s’en sort honorablement lorsqu’il s’agit de distribuer des coups de poing et de savate, même si l’opposition n’a rien de très spectaculaire. Hormis l’antagoniste incarné par Gary Daniels, la majorité des combattants sont de purs tocards,  ce qui explique leur besoin compulsif de s’augmenter pour compenser leurs complexes d’infériorité. Reste qu’à voir des membres et des crânes exploser sous l’impact des coups, on en vient à se demander si l’acier est vraiment plus résistant que le corps humain. Tout cela pour dire que le postulat science-fictionnel ne tient pas toutes ses promesses et s’étiole rapidement au profit d’un film de kickboxing, très classique au demeurant.

Faute d’inventivité et de folie, Heatseeker finit par lasser assez rapidement. Reste, toutefois, une poignée de répliques ringardes (« je vais te pulvériser, il faudra te ramasser à la pelle et la balayette », « il a besoin d’amour ») et de situations cocasses pour consoler le nanarophile compulsif. Notamment celle où O’Brien, à peine débarqué à Manille, se retrouve à poil, sans ses bottes, après s’être fait agresser et dépouiller par une bande de délinquants juvéniles. Y a pas à dire, le gaillard a vraiment l’étoffe d’un champion avec sa tête de vainqueur et ses couilles à l’air. Finalement, pas sûr que ce soit réellement contre son gré que sa copine soit partie rejoindre son rival, monté comme un âne.

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