
Réalisateur : Albert Pyun
Année de Sortie : 1993
Origine : États-Unis
Genre : Post-Apocalyptique
Durée : 1H30
Le Roy du Bis : 5/10
Les Nouveaux Maîtres du Monde
C’était les années 90, et les cyborgs régnaient sur les vidéoclubs, et donc, par extension, sur le monde. Ce règne ne tenait qu’à un titre séminal : Terminator 2. Les ersatz et copycats proliféraient alors comme du chiendent dans une usine de production. Pour Albert Pyun, Knights Les Chevaliers du Futur constituait déjà sa troisième incursion dans le genre, après Cyborg et Nemesis, bien qu’il ait perdu le contrôle sur ses créations. Cela ne semblait pas l’avoir découragé puisque ce projet lui offrait aussi l’occasion de renouer avec l’héroïc-fantasy, un genre cher à son cœur, déjà exploré avec L’Épée Sauvage.
Knights nous plonge dans un désert post-apocalyptique où un ordre de chevaliers cherche à asservir les rares survivants humains. Les cyborgs sont ici le mal incarné. Leur réacteur noir et froid pompe du sang comme le nôtre, irriguant leur minuscule mémoire vive, ce qui déclenche en eux des crises de vampirisme et des comportements violents. Mais la révolte gronde et le salut ne pourra venir que d’un autre cyborg, missionné pour exterminer ses pairs corrompus. Pour l’aider dans sa quête, il sera accompagné de Néa, une humaine dont le moteur est la vengeance pure.
Pyun n’était pas un novice en matière de naveton, mais un cinéaste capable de tirer le meilleur de situations catastrophiques, techniques, financières ou logistiques. Tout au long des années 90, il a prouvé qu’il savait transformer des budgets anémiques en films survitaminés : Omega Doom, Nemesis 4, Adrénaline, Mean Guns, et bien d’autres. Parfois le talent ne suffit plus à faire illusion, surtout quand le sort s’acharne plus que de raison (Captain America, Corrupt).

Dans Knights, Pyun alterne entre le pire et le meilleur. Les mano-à-mano mêlant chevalerie et arts martiaux témoignent de son goût pour le grand spectacle. Le chef-op Georges Mooradian transcende les paysages désertiques de Monument Valley à travers son format cinémascope et une série de plans composites saturés de filtres colorés, donnant au long-métrage des allures de bande dessinée. Les duels crépusculaires à l’épée rappellent même, par moments, les chanbara de Kenji Misumi, avec ses mises à mort aussi sanglantes que spectaculaires.
Mais le film ne se prive pas de pochades totalement nanardesques : des cyborgs vénérant un vibromasseur, un climax où l’héroïne tabasse une douzaine de traîne-savates avec l’aide d’un acolyte unijambiste… Lance Henriksen, conscient du ridicule, s’en donne à cœur joie en incarnant un capitaine-crochet bédouin baveux, exultant devant les combats d’esclaves. La version française n’arrange rien et tend à accentuer le côté grotesque de l’entreprise.
Kathy Long avait beau jouer comme un pied, elle savait néanmoins les lever pour les flanquer à la gueule de ces chevaliers en djellaba, quand Kris Kristofferson se contente de faire des brochettes d’oeils crevés avec sa machette ou d’envoyer des talibans dans les airs sans leur accorder une dernière prière. La fin ouverte, annonciatrice d’une possible suite à la Nemesis ne trompe personne… Et si aucune séquelle n’a jamais vu le jour, la raison n’est pas bien difficile à deviner. Mais l’essentiel est ailleurs. Car Knights reste avant tout un accident de parcours, sincère et naïf.



