[Critique] – La Main des Ténèbres


Netherworld affiche film

Réalisateur : David Schmoeller

Année de Sortie : 1992

Origine : États-Unis

Genre : Main qui tue

Durée : 1h27

Le Roy du Bis : 6,5/10


L’Emprise des Rêves


La main devant la bouche, personne ne vous entendra bâiller aux corneilles. Derrière sa nébuleuse mythologie inventée de toute pièce, mêlant magie vaudou, motifs égyptiens et oiseaux de mauvaise augure, La Main des Ténèbres de David Schmoeller constitue pourtant l’une des propositions les plus originales du catalogue de la Full Moon Features. 

Tourné à la Nouvelle Orléans au début des années 90, La Main des Ténèbres est l’un des films les plus sous-côtés du studio de Charles Band. Ne sachant probablement pas quelle identité lui donner, David Schmoeller développa une ambiance fantasmatique autour d’une histoire de filiation paternelle, de malédiction et de rituels païens, convoquant les environnements et figures littéraires du southern gothic (décors du bayou, riche plantation de cols blancs, faune excentrique, croyances macabres). 

L’histoire tourne autour d’un légataire héritant d’un superbe manoir en Louisiane et de ses investigations le liant à son défunt père qu’il n’a jamais connu. Lors de son enquête, il va découvrir un moyen de le ramener à la vie, sous l’influence d’une prêtresse vaudou, péripatéticienne à ses heures perdues. Succombant au charme de cette dernière, le jeune bellâtre va alors se retrouver tiraillé entre le plaisir des sens, son devoir de fils, et la menace d’une emprise maléfique.

Netherworld critique film

Il fait beau, il fait chaud, et les filles sont aussi torrides que l’environnement. Le décor de maison close dans lequel se déroule la majeure partie de l’intrigue sent la sueur, la clope et le foutre. La Main des Ténèbres transpire de tous ses pores les ambivalences et multiples zones d’ombre d’un univers interlope à la lisière du fantastique. Bénéficiant du savoir-faire de l’illustre Mark Shotstrom (le design de la main avec ses griffes d’oiseaux, ses doigts reptiliens et fils rétractables) ainsi que du chef-op Adolfo Bartoli, le film s’égare dans les couloirs mal fréquentés de ce bordel notoire, méandres torturées d’un personnage ne sachant jamais à quel sein se vouer (et ils sont nombreux : frétillants, huilés, blancs ou à la magnifique peau ébène). 

Apprécier La Main des Ténèbres (ou de son vrai titre Netherworld soit l’au-delà) nécessite de s’y égarer, et de se laisser envoûter par une atmosphère sensuelle et lancinante.  Bien sûr, le réalisateur tente bien d’explorer les sous-sols sinueux de son décor aux multiples embranchements. La caméra se meut telle une projection astrale, entre-ouvre des portes cauchemardesques montrant des rictus figés (la fausse Marilyn Monroe), des visages déformés, des orgasmes contrôlés, mais sans jamais oser y pénétrer, restant aussi pétrifiée qu’un puceau sur le palier. Cette idée de mise en scène tend à souligner la fragilité juvénile de son principal interprète tiraillé de toute part, notamment par des sentiments amoureux et influences délétères.  La visite de ce lieu s’apparente néanmoins davantage à un tour de train fantôme qu’à l’introspection d’une psyché tourmentée (ombre du père, homosexualité latente, étrange pouvoir de fascination/répulsion, complexe d’œdipe refoulé). 

Dans sa logique d’expansion, la Full Moon Features profita de cette occasion pour mettre en avant son nouveau label musical (Moonstone Records), s’offrant les services de David Bryan (musicien de Hardrock  émérite du groupe Bon Jovi) et Edgar Winter. L’orchestration symphonique et ses élans jazzy au piano et saxophone renforcent ainsi l’ambiance érotico-macabre préalablement installée par le cinéaste. Quelque part situé entre L’Emprise des Ténèbres, Phantasm, et l’univers de Lucio Fulci, La Main des Ténèbres échappe ainsi aux conventions du cinéma de genre horrifique pour se muer en une œuvre atmosphérique aussi étrange, torride et évanescente que le songe d’une nuit d’été. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut
Optimized with PageSpeed Ninja