
Réalisateur : Steven C. Miller
Année de Sortie : 2012
Origine : Canada, États-Unis
Genre : Père Noël Meurtrier
Durée : 1h34
Le Roy du Bis : 6,5/10
Thibaud Savignol : 5/10
Jingle Hell
Ah, Noël ! Cette période bénie où l’on empile les guirlandes, les chocolats et les films déviants qui transforment la douce magie des fêtes en vaste abattoir folklorique. On imagine le parfum du sapin, mais c’est plutôt l’odeur des grillades de poulet carbonisées au lance-flamme qui embaument la programmation, les jambonneaux d’actrices porno taillés à la serpe, les sapins humains enrubannés dans des guirlandes électrifiés et la barbaque de nympho servant d’ornement de déco… Mais Noël c’est aussi et surtout les faux barbus qui rôdent dans les centres commerciaux avec un enthousiasme parfois… suspect.
Santalcolique
Derrière le costume, on trouve tout un bestiaire de saison abonné aux agences Pôles Emplois : des chômeurs de longue durée, des intérimaires en situation précaire, des alcooliques carburant à la 8-6, et même parfois des pédophiles. Finalement, on se dit que nos enfants ne sont peut-être pas en sécurité dans les bras de ces hommes, assis sur leur entrejambe raidit par l’excitation de recevoir un cadeau de Noël en avance à chaque nuque qu’il peut humer, et chaque gosse qu’il peut peloter. Cela vous révulse rien que d’y penser ? On comprend alors pourquoi au cinéma, l’idée d’un Père Noël psychopathe soit devenue une figure si récurrente.
Mettez un type dans un costume trop chaud, collez-lui une barbe synthétique qui lui gratte le nez puis laissez-le mariner dans son jus, à devoir supporter une file d’attente de parents mécontents… Les limites de la santé mentale deviennent dès lors très relatives. Le Père Noël de Silent Night (aussi distribué sous le titre Bloody Christmas) n’est toutefois ni un prédateur, ni un animateur social au bord de la crise de nerfs. C’est un exécutant, un Santa mutique, monolithique, décidé à appliquer à la lettre une version extrémiste du châtiment des mécréants. Il ne cajole pas les enfants, il juge, punit et distribue surtout des coups de serpe aux habitants d’une petite ville avec tous les instruments qui lui passent par la main.
Et puisqu’on parle de Père Noël meurtrier, difficile de ne pas évoquer un autre phénomène contemporain avec la prolifération de clones aux titres quasi identiques. La simple idée d’un Santa psychopathe semble avoir engendré une véritable forêt vierge de “Silent Night” et de “Bloody Christmas”, tous plus ou moins interchangeables. Celui de Steven C. Miller navigue d’ailleurs en plein brouillard nominal mais n’a strictement aucun lien de parenté avec le court-métrage de Michel Leray, pas davantage avec le Christmas Bloody Christmas de Joe Begos, ni avec les autres Silent Night signés Camille Griffin ou John Woo (Silent Night).

Santa Killer
Au milieu de ce catalogue hivernal, celui qui nous occupe ici se pose comme un pseudo-remake de Silent Night, Deadly Night de Charles E. Sellier Jr. Il en récupère quelques morceaux emblématiques, comme son grand-père catatonique en guise de hors-d’œuvre, une bimbo écervelée empalée sur des cornes de cerf comme plat de résistance, et une brigade de flics largués pour le dessert. Pourtant, Steven C. Miller ne tente jamais de prolonger la dramaturgie déficiente de l’œuvre originale qui avait fait le bonheur des vidéo-club. Il se contente de ponctionner la substantifique moelle de sa colonne vertébrale : l’idée d’un traumatisme qui dégénère en croisade punitive.
Délesté de ses flash-back, expositions et longueurs inutiles, Bloody Christmas s’impose rapidement comme un slasher bête et méchant aussi subversif que jubilatoire. Le point de vue n’est plus celui du bourreau mais d’une jeune policière chapeautée (pour ne pas dire parasité) par un shérif narcissique et égocentrique, interprété par un Malcolm McDowell qui avait dû manifestement trop forcer sur le lait de poule. Le film se débarrasse de toute retenue pour renouer avec une approche plus viscérale et rentre dans le lard. Steven C. Miller ne s’embarrasse ni de profondeur psychologique ni de grandes causes mais embrasse pleinement le plaisir du mauvais goût.
Les personnages sont donc des caricatures grossières (le révérend lubrique qui cherche à se faire ses paroissiennes) que l’on sait destinées à finir en hachis parmentier et plus si affinité (électrocution, décapitation, épareuse agricole…). Le Père Noël meurtrier perd en humanité pour revêtir la figure d’un boogeyman monolithique et mutique, ce qui le rend bien plus sinistre et terrifiant. Miller fait littéralement feu de tout bois. La mise en scène ne cherche pas la finesse mais assume une brutalité festive dans sa démesure.
Le réalisateur n’y va pas avec le dos de la cuillère, répondant aux attentes d’un public lessivé par ce sous-genre à part-entière (le film de «Père Noël tueur»), où bon nombre de prétendants se ruent à intervalles réguliers. Le carnage va donc bientôt pouvoir recommencer sous d’autres traits, du moins tant qu’il y aura des psychopathes prêt à pervertir l’esprit des fêtes. Et sinon, vous pourrez toujours compter sur l’Écran Barge pour y remédier.



