
Réalisateur : Nia DaCosta
Année de Sortie : 2026
Origine : Royaume-Uni / États-Unis
Genre : Infectés
Durée : 1h49
Thibaud Savignol : 8/10
Sortie en salles : 14 janvier 2026
The Number of the Beast
De mémoire récente, peu de productions horrifiques mainstream, chapeautées par de grands studios et aux budgets confortables (on parle de 60 millions de dollars), se sont permis une telle radicalité dans la représentation de la violence, aussi bien graphique que psychologique. Terrifier et autres Sadness sont avant tout des coasters gores pour férus de sensations fortes. Leur côté cartoon désamorce la plupart du temps tout premier degré. Derrière quelques saillies sanglantes elles-mêmes grand guignol, comme celles de The Substance en 2024, ce Temple des morts affiche une violence frontale et une noirceur qu’on ne soupçonnait pas.
Les derniers d’entre nous
Suite directe du 28 ans plus tard de Danny Boyle sorti en juin dernier, cette séquelle reprend là où s’était arrêté son prédécesseur. Spike rejoint un gang de gamins embrigadés par un gourou siphonné du bulbe, Sir Jimmy Cristal, tandis que le docteur Kelson noue progressivement une relation troublante avec l’infecté Alpha qui sillonne son petit coin de paradis. Là où les premiers sèment la destruction et la mort au nom d’une idéologie sataniste assumée, le second tente de renouer avec une humanité disparue. Et milieu de ce chaos généralisé, toujours la survie comme maxime quotidienne.
Deuxième acte d’une trilogie à en devenir, c’est la jeune Nia DaCosta qui est missionnée à la réalisation. Remarquée pour son bancal remake de Candyman, la jeune femme avait pourtant marqué les rétines par une esthétique soignée et quelques écarts gores assez réjouissants. La voir prendre aujourd’hui le contre-pied de la mise en scène punk et sous acide de Danny Boyle laisse augurer une forte personnalité, de celles qui accouchent d’œuvres à l’encontre des attentes. Pari réussi haut la main pour cette suite, qui ne fera clairement pas l’humanité, mais dont le ton, la narration et les choix esthétiques sont à mille lieues du tout-venant.
Cette audace imprègne chaque rouage du long-métrage. Rarement une œuvre horrifique ose avec autant d’aplomb la contemplation, les longs échanges dialogués, les digressions inentendues, voire les longueurs. Mais jamais au détriment d’un récit quasi mythologique, opposant science et croyance, Bien et Mal, contes et réalité. Effectuant constamment des pas de côtés, rejetant les passages obligés (affrontement avec infectés, créature antagoniste), Nia DaCosta lorgne vers le brillant jeu vidéo The Last Of Us Part 2. Loin du sempiternel «les vrais méchants sont les humains», elle ne cesse plutôt de questionner notre après. Comment l’humanité se relève 28 ans après son extinction (ici à l’échelle anglaise), et surtout, en quoi peut-elle croire ?

Memento Mori
Avec son look à la Jimmy Savile, célèbre présentateur anglais révélé pédophile après son décès en 2011, Jimmy Crystal incarne cette folie sans contrôle, où plus rien fait sens, où la moralité n’a plus court. Entouré de sa bande de Jimmies (les gosses sont renommés en son nom), ils parcourent la lande, à la recherche de quidams à détrousser et mettre à mort. Des exécutions appelées Charité, l’occasion de satisfaire son père, Satan lui-même. On rappelle que l’introduction du premier film nous montrait justement son père, un pasteur, marcher aux côtés des infectés afin de répandre l’Apocalypse sur le monde. Endoctrinant ses troupes sous la menace, leur lavant le cerveau à base d’histoires de Teletubbies, il les lâche sur quiconque s’oppose à sa volonté.
Miroir d’une religion manipulatrice d’esprits, d’un sectarisme toujours plus dangereux et d’un fascisme rampant, il ne peut y avoir qu’opposition avec le docteur Kelson, athée revendiqué, et scientifique aux expérimentations dénuées de garde fou. De ces deux trames où s’imbriquent Spike et sa nouvelle compagnonne de route, Jimmy Ink, eux enfants de l’après, naîtra le cœur du récit : la recherche d’un sens, d’un nouveau code moral, tiraillés entre deux visions du monde diamétralement opposées
Nia DaCosta propose ainsi une mise en scène plus classique, plus posée, le temps de développer de part et d’autres ces enjeux. Ce qui ne lui interdit pas quelques séquences oniriques, voire planantes (ces contre-plongées hypnotisantes sur le fameux temple des morts), tout en ajoutant une noirceur d’une épaisseur où les rayons d’espoir ne filtrent plus. Au-delà des débordements gores attendus (dégustation de cervelle à crâne ouvert, décapitations et autres lacération), on se souviendra longtemps de cet affrontement à mort en ouverture entre deux gamins, et surtout de la séquence de la grange ; un jeu du chat et de la souris étouffant, où les pitreries laisseront place à un pur sadisme fanatique lors d’un bain de feu et de sang mémorable.
Si la part belle est donnée aux survivants, le script cherche également à décortiquer le mal-être des infectés : pur mal physique ou troubles de l’esprit ? Leur point de vue sera exploré à travers Samson, l’alpha antagoniste du premier opus, dont l’arc en surprendra plus d’un. S’inscrivant dans une courbe inverse de celle des protagonistes principaux du récit, il décuplera la sensation d’une humanité qui ne cesse de s’effondrer, confrontée à l’abandon de ses propres valeurs (la désarmante séquence où Kelson se confie avoir oublié la majorité de sa vie d’avant). Que reste-il quand il n’y a plus rien ? Au moins une sacrée péloche horrifique hardcore, faisant de ces 28 ans plus tard l’un des projets les plus excitant de ces dernières années.



