
Réalisateur : Albert Pyun
Année de Sortie : 1997
Origine : États-Unis
Genre : Die Hard Movie
Durée : 1H39
Le Roy du Bis : 5/10
Try Hard
Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il y a eu un avant et un après Piège de Cristal. Le film de John McTiernan, pierre angulaire du cinéma d’action moderne, a donné naissance à une infinité de déclinaisons durant les années 1990, toutes fondées sur la même équation : un héros esseulé, un espace clos, une prise d’otages et un compte à rebours ferme et implacable. Très peu de cinéastes sont parvenus à transcender ce modèle. Albert Pyun, fidèle à son habitude, s’y est néanmoins risqué avec Blast, librement inspiré d’un attentat déjoué par le FBI lors des Jeux Olympiques d’Atlanta.
Jail Pool
L’intrigue suit Jack Bryant, ancien champion de taekwondo brisé par l’amertume d’une médaille de bronze aux JO. Tombé dans l’alcoolisme, il vivote comme simple agent de sécurité jusqu’au jour où il va se retrouver étroitement mêlé à une prise d’otage. Avec l’aide du mystérieux Léo joint par liaison radio, Jack devra tenter de déjouer les plans d’Omodo afin de libérer les nageuses de leur captivité ainsi que son ex bonne femme qui n’est autre que leur entraîneuse. Pyun reprend sans détour l’ossature de Piège de Cristal avec un simili John McClane boiteux et frustré, mais troque la verticalité emblématique de la tour Nakatomi pour une horizontalité carcérale faite de couloirs aseptisés.
Si le décor évoque davantage une prison qu’un complexe sportif olympique, c’est tout simplement parce qu’il en est un : Pyun tourne au sein de la Twin Towers Correctional Facility, un pénitencier ultra-moderne qu’il exploite avec une efficacité chirurgicale. Réalisateur réputé pour sa rigueur quasi militaire, il boucle le tournage en seulement douze jours, profitant de cette location éclair pour mettre en boîte un second film (Mean Guns). Une opération prolifique pour sa société de production (Filmwerks), qui limite les coûts à quelques milliers de dollars sur un budget global avoisinant les 700 000.
Gary Schmoeller confiera d’ailleurs que le bureau du shérif du comté de Los Angeles voyait cette location d’un très bon œil, histoire de financer une partie des frais d’entretien du site avant son ouverture officielle aux milliers de futurs pensionnaires. Le lieu accueillera par la suite quelques célébrités de passage, dont Paris Hilton en 2007, hébergée aux frais du contribuable, puis plus récemment Ron Jeremy, poursuivi dans de lourdes affaires judiciaires avant d’être déclaré inapte pour raisons médicales.

Out of Ammo
Malheureusement Blast épuise rapidement toutes ses munitions. Dépourvu d’explosions, de gunfights survoltés et de réels effets pyrotechniques, le film tourne en rond, prisonnier de moyens limités et d’un sérieux un peu plombant. Les antagonistes, eux, peinent à imposer la moindre menace, tant leur inefficacité frôle parfois le burlesque.
Pourtant, Albert Pyun s’en tire avec les honneurs grâce au savoir-faire de son chef opérateur George Mooradian. Sa photographie froide, saturée de filtres bleutés, combinée à un format scope 2.35:1 ambitieux, confère au film une véritable allure cinématographique. L’écrasement des corps dans ces couloirs labyrinthiques permet de créer artificiellement une tension que le scénario peine parfois à éveiller.
La distribution aligne une galerie de trognes familières de l’univers Pyun : Tim Thomerson (Dollman), Andrew Divoff (Hong Kong 97), Norbert Weisser (Nemesis 4), Tom Mathews (Kickboxer 4) sans oublier une Shannon Elizabeth encore loin de son statut d’icône adolescente (American Pie), cantonnée à un rôle de victime en détresse. Mais c’est surtout Rutger Hauer (Omega Doom) qui intrigue, malgré un temps de présence anecdotique.
Grimé en Amérindien cul-de-jatte affublé de tresse et d’une tonne de fond de teint, l’acteur hollandais paye sa contribution dans une séquence aussi improbable que nanarde impliquant un fauteuil roulant truffé d’explosifs. Au final, Blast demeure un exercice appliqué, professionnel mais un brin limité. Un Die Hard movie sans flamboyance, ni génie, sauvé par l’efficacité de son équipe technique et l’acharnement méthodique de son réalisateur.



