
Réalisateur : Olaf Ittenbach
Année de Sortie : 2006
Origine : Allemagne / Autriche
Genre : Splatter Underground
Durée : 1h41
Le Roy du Bis : 3/10
Thibaud Savignol : 2/10
La Sortie de Route
Après avoir martyrisé le comité de censure allemand avec ses premiers coups d’éclat (Black Past, The Burning Moon), Olaf Ittenbach semblait arrivé à un tournant. Il était temps, peut-être, de mûrir, et de se professionnaliser. Premutos, cousin germain de Braindead, tenait davantage du film amateur terminal, bricolé sur plusieurs années à bouts de bras et d’idées, que d’une œuvre totalement aboutie. Son succès d’estime permit néanmoins au cinéaste de sortir de l’anonymat et d’accéder à des coproductions d’envergure plus internationale.
Road to Perdition
Alors que son homologue Uwe Boll s’enlisait dans ses calamiteuses adaptations vidéoludiques, Ittenbach maintenait le cap. Il se fit un nom comme superviseur d’effets spéciaux pour le gratin du splatter underground germanophone : Timo Rose (Space Wolf, Rigor Mortis, Barricade), Roger Grolimund (Deuteronomium), ou encore Andreas Bethmann (Angel of Death 2). En parallèle, l’enfant prodige revient à la réalisation avec une série de films restés largement inédits sous nos latitudes (Legion of the Dead, Riverplay, Beyond the Limits, Garden of Love).
Sorti en 2006, Chain Reaction constitue sa huitième réalisation. Son titre renvoie à la théorie du chaos : une infime perturbation capable de déclencher une réaction en chaîne aux conséquences disproportionnées. Le concept est illustré de manière littérale dès l’ouverture avec le battement d’aile d’un oiseau s’écrasant dans la forêt, entraînant un éboulement, lequel provoque un carambolage entre une voiture et un convoi de prisonniers. De cet accident naît le chaos, puisque les détenus se libèrent, massacrent leurs gardiens et prennent un médecin en otage.

Cette exposition, pourtant limpide, est inutilement plombée par une série de flashbacks sur-explicatifs, et redondants, qui étirent artificiellement la durée du film. Une manie dont Ittenbach ne parviendra jamais à se défaire. En route vers la frontière canadienne, le groupe s’égare dans une forêt dense et hostile, pour finalement trouver refuge dans une bâtisse isolée. Mauvaise pioche, puisque la sinistre bicoque est habitée par une communauté de mormons cannibales et consanguins, atteints de symptômes vampiriques. Le carnage peut alors commencer.
Une Cavale en Enfer
Chain Reaction laisse déchaîner ses enfers en puisant largement dans un torrent d’influences (Massacre à la tronçonneuse, Une Nuit en Enfer, et même Resident Evil 4) Hélas, Ittenbach n’atteint jamais l’hystérie de Tobe Hooper, les excès gores et extravagants d’un Tom Savini, ni la tension du jeu vidéo de Shinji Mikami. Les « fuck » et répliques cinglantes fusent plus vite que les balles et les coups de pelle dans le visage. Les créatures exécutent des pirouettes acrobatiques digne de Ghost of Mars, vocifèrent et dévorent leurs victimes le plus souvent hors du cadre. Chacun semble jouer sa propre partition sans se soucier de la réelle cohérence de l’intrigue, à l’exception notable du médecin incarné par Christopher Kriesa, une sorte de Joe Biden mélancolique et sénile, livré à lui-même au milieu de ce chaos démoniaque.
Narrativement, Chain Reaction emprunte les sentiers balisés du survival forestier, un terrain archi-rebattu par l’underground allemand (Andreas Schnaas et Timo Rose en ont fait leur biotope favori). Un retournement tardif tente toutefois de relancer l’intérêt. L’un des protagonistes survit au massacre, est secouru par la police, avant d’être injustement accusé de meurtre. Transféré vers une prison de Seattle, il se retrouve à nouveau victime d’un accident, au même endroit. Le cycle recommence, avec de nouveaux compagnons d’infortune, plus tarés les uns que les autres.

À l’instar de Dave Payne (Reeker), Pascal Laugier (Ghostland) ou d’Alexandre Aja (Haute Tension), Ittenbach semble vouloir interroger la notion de point de vue. Mais l’idée est rapidement abandonnée au profit d’un délire auteurisant confus, laissant toutes les pistes thématiques en suspens. Les obsessions du cinéaste ne dépassent jamais vraiment ce purgatoire fulcien où des âmes damnées sont condamnées à affronter éternellement des hordes démoniaques.
Les Limbes
Animé des meilleures intentions, le réalisateur tente de dynamiser son huis clos par une caméra mobile et quelques plans aériens sporadiques. Mais ces élans formels restent insuffisants pour compenser l’ennui infernal généré par une boucle narrative répétitive et des dialogues interminables. À court de solutions, Ittenbach tente de redistribuer les rôles par un jeu de chaises musicales entre protagonistes. En vain. Les flash-backs laborieux et les leçons de philo d’un tortionnaire illuminé qui semble avoir vu la Vierge en 3D, finissent par anesthésier le public en attente du carnage promis.
Même lors des rares morceaux de bravoure, comme un carambolage spectaculaire digne d’un spot de prévention routière, les mises à mort sont systématiquement amputées par des coupes ou reléguées hors champ. Fidèle à lui-même, Ittenbach assure toujours la conception des maquillages et des effets spéciaux, n’hésitant pas à s’exposer lui-même à l’écran, en nous déballant le service trois-pièces lors d’une scène particulièrement sadique. Peu épargné par le couperet des distributeurs, Chain Reaction fut toutefois sévèrement mutilé, bien que le film existe également dans une version uncut.
Mais à l’image de son prisonnier émasculé, Olaf Ittenbach paraît s’être lui-même autocensuré au profit d’une approche plus atmosphérique, noyée dans un fatalisme désuet. En quête d’une identité concrète (le cheminement psychologique de son personnage désorienté, cherchant à reconstituer le fil des événements), Chain Reaction s’égare dans un brouillard opaque et confusionnel. C’est en cherchant à obtenir une forme de respectabilité artistique, que le cinéaste s’est paradoxalement enfermé dans une impasse créative aux ruptures de ton schizophréniques, où percent parfois, comme des réminiscences, le grand-guignol et l’absurde de Premutos. Une sortie de route, au sens propre comme au figuré.



