
Réalisateur : Albert Pyun
Année de Sortie : 1998
Origine : États-Unis / Écosse
Genre : Thriller
Durée : 1H45
Le Roy du Bis : 6/10
Mindhunter
Souvent réduit à ses incursions répétées dans le post-apocalyptique robotisé (Cyborg, Nemesis, Knights), Albert Pyun aura pourtant exploré, au fil d’une carrière prolifique, l’essentiel des grands genres populaires : l’aventure (L’Aventure Fantastique), l’heroic fantasy (L’Épée Sauvage), voire la comédie (Le Lotus Rouge). Il manquait toutefois à son tableau un territoire qu’il n’avait pas encore investi : le thriller. En 1998, l’occasion se présente enfin, année charnière pour le cinéaste hawaïen qui profite de sa rencontre avec Ivana Miličević pour lui offrir un rôle dans Crazy Six, puis dans Postmortem, où elle partage l’affiche avec Michael Halsey et la star Charlie Sheen.
Mon Oncle Charlie
À cette époque, l’acteur, jadis promis à un avenir prestigieux, n’est déjà plus que l’ombre de lui-même. Miné par ses addictions et ses petites sauteries, Charlie Sheen voit son image publique se confondre peu à peu avec celle du trublion incontrôlable qui fera le succès de la série TV Mon Oncle Charlie. Le tournage écossais de Postmortem, bouclé à Glasgow en une dizaine de jours, n’échappera pas aux nombreuses frasques et caprices de diva de l’acteur.
Sheen défraye la chronique locale par ses escapades nocturnes, ses exigences erratiques (alcool, prostitution) et ses excès cocaïnés, au point que la production dût composer avec un climat d’imprévisibilité permanent. L’histoire voudrait que le comédien se soit heurté à la pègre locale et qu’il aurait vécu une expérience astrale après avoir mangé des biscuits hallucinogènes. Un chaos périphérique qui, loin de saboter le film, finira paradoxalement par nourrir son atmosphère.
Plutôt que de s’opposer frontalement à sa tête d’affiche, Pyun choisit d’embrasser cette instabilité, à la manière d’un Coppola exploitant la fragilité de son père Martin Sheen sur Apocalypse Now. Le résultat innerve profondément la mise en scène. Charlie Sheen incarne McGregor, un ancien profiler ayant fui la banlieue de Los Angeles pour se mettre au vert dans les Highlands écossais, afin d’en humer les embruns mais surtout d’étuver quelques verres de whisky pour oublier ses traumas.

Mais le passé le rattrape lorsqu’il se retrouve accusé à tort du meurtre d’une jeune femme, alors qu’il était plongé dans une torpeur alcoolisée. D’autres victimes s’ajoutent au tableau de chasse et sont-elles aussi retrouvées dénudées, sans traces d’agression sexuelle. McGregor va alors sortir de sa cuite carabinée pour reprendre du service et pister ce serial killer en assistant les forces de l’ordre dans leurs investigations.
Where is My Mind ?
Sur le plan purement narratif, Postmortem ne brille pas par son originalité. L’enquête avance à pas feutrés, l’identité du coupable se révèle sans grande surprise, et le rythme indolent du film pourra en rebuter plus d’un. Pourtant, l’intérêt ne réside pas tant dans le whodunit que dans l’état mental de son protagoniste. Sheen livre une performance tout en retenue, presque apathique, qui confère à son personnage une vulnérabilité trouble, comme si l’acteur n’avait nul besoin de forcer son jeu tant ses propres tourments affleurent à l’écran.
L’un des atouts majeurs du film demeure le travail du chef opérateur George Mooradian, pour ce qui s’apparente à un véritable chant du cygne de sa collaboration avec Pyun. Sa photographie magnétique, dominée par des teintes froides et des éclairages expressionnistes, enveloppe le récit d’une aura funèbre persistante. Postmortem ne cherche d’ailleurs pas tant à surfer sur les succès contemporains que furent Le Silence des agneaux ou Seven, que de s’inscrire dans une filiation plus atmosphérique, proche du Manhunter de Michael Mann.
Pyun pousse même cette logique plus loin à travers une mise en scène qui préfigure, par endroits, le cinéma de Nicolas Winding Refn, notamment Fear X. Les longs travellings à la steadicam dans des couloirs baignés de lumières bleues, vertes ou rouges dessinent une véritable cartographie mentale du personnage, transformant les lieux en projections de sa psyché tourmentée.
Le film adopte alors les formes d’un purgatoire, un espace liminal entre la vie et la mort, parfaitement en phase avec le concept même du profiler capable de s’immerger dans l’esprit de son adversaire. Postmortem n’est sans doute pas le chef-d’œuvre oublié de la filmographie d’Albert Pyun. Mais il constitue un fragment essentiel de cette mosaïque disparate et profondément personnelle qu’il convient aujourd’hui de réévaluer.



