
Réalisateur : Juan Piquer Simón
Année de Sortie : 1992
Origine : Espagne / Royaume-Uni
Genre : Maison Hantée
Durée : 1H32
Le Roy du Bis : 5/10
L’IlluZioniste
Incompris de son vivant, H.P. Lovecraft devint au cours du siècle dernier l’un des inspirateurs privilégiés du cinéma fantastique. John Carpenter (The Thing, Prince des Ténèbres, L’Antre de la Folie) et Stuart Gordon (Re-Animator, From Beyond, Castle Freak) en firent même leur auteur de prédilection. Le succès commercial de ces adaptations et de leurs avatars charrie une vague de productions lovecraftiennes qui finira par atteindre les rivages du bis espagnol et italien. Mais les œuvres du maître de Providence n’étaient pas encore toutes tombées dans le domaine public. Afin de contourner cette contrainte pécuniaire, certains cinéastes opportunistes n’hésitèrent donc pas à brandir la mention « D’après H.P. Lovecraft » pour mieux vendre leurs films aux distributeurs.
L’Espagne se situait alors à des années-lumière des États-Unis, ou même de la Grande-Bretagne, en matière de cinéma fantastique. Quelques rares cinéastes tels que Jess Franco (L’Horrible Docteur Orlof), Narciso Ibáñez Serrador (Les Révoltés de l’an 2000) ou Amando de Ossorio (La Révolte des Morts-Vivants) parvinrent néanmoins à contourner le couperet de la censure franquiste. Juan Piquer Simón (Le Sadique à la Tronçonneuse, The Rift) profita quant à lui de la transition démocratique pour se lancer à son tour dans l’industrie, allant jusqu’à fonder son propre studio dans les environs de Madrid.
Également titré Magie Noire ; à ne pas confondre avec Ragdoll de Ted Nicolaou, lui aussi rebaptisé Magie Noire pour sa distribution française ; Cthulhu Mansion n’entretient en réalité que de très lointains rapports avec l’œuvre de Lovecraft, pour ne pas dire aucun. L’analogie se résume au nom du dieu tentaculaire, auquel l’intrigue n’emprunte guère plus qu’un vieux grimoire truffé d’incantations cabalistiques et nébuleuses. À la suite d’un deal de drogue ayant mal tourné, une bande de malfrats trouve refuge dans le manoir de Chandu, célèbre prestidigitateur ayant vendu son âme et perdu sa femme. Les ravisseurs prennent alors sa fille en otage avant de libérer accidentellement les forces occultes qui sommeillaient dans la demeure.

Avec sa VF particulièrement gratinée et ses personnages caricaturaux, Cthulhu Mansion aurait pu constituer un sympathique jeu de massacre débridé. D’autant que le film coche consciencieusement toutes les cases du récit de maison hantée : chat noir, reflet inquiétant dans le miroir, apparition spectrale, monstre tapi dans le réfrigérateur à défaut du traditionnel cellier, lierre aux branches baladeuses, porte ouvrant directement sur les enfers, mobilier possédé et déchaînement de forces occultes. Le catalogue est complet. Malheureusement, n’est pas Houdini qui veut et, à l’image des piètres tours d’illusionniste de son magicien incarné par Frank Finlay, les artifices et effets spéciaux trahissent une œuvre en décalage avec son époque.
Trop avare en suspense comme en excès sanguinolents, Cthulhu Mansion tourne court, bien loin de ses modèles les plus excessifs et grand-guignolesques (Bloody New Year, Evil Dead, Shining). Le film finit alors par revêtir la même dimension que son tour de train fantôme introductif : celle d’une attraction foraine vieillissante, beaucoup trop datée pour effrayer ou même véritablement enthousiasmer ses visiteurs, malgré les trois millions de dollars engloutis dans l’entreprise.
Heureusement, la photographie de Julio Bragado et l’atmosphère d’épouvante délicieusement surannée suffisent à empêcher le long-métrage de sombrer complètement dans les limbes abyssales du DTV. Ou presque. Car à défaut d’avoir trouvé sa place parmi les classiques du fantastique ibérique, Cthulhu Mansion se chine désormais dans les bacs à soldes, dernier refuge des adaptations lovecraftiennes que même Cthulhu semble avoir reniées.



